Ce que les Backrooms disent de nous
Pourquoi ça marche ? Pourquoi une photo d’un magasin d’articles de loisirs à Oshkosh, Wisconsin, a-t-elle terrorisé des millions de personnes à travers le monde ?
Les « backrooms » sont des « espaces liminaux » — ces endroits qui paraissent normaux et pourtant, quelque chose dérange, un malaise qu’on ne saurait expliquer. Kane Parsons l’a dit lui-même, ils relèvent d’une forme de nostalgie — ici l’univers des zones commerciales américaines des années 1990 — et jouent avec le familier, à mi-chemin entre le rêve et les souvenirs d’enfance, ce qui leur donne parfois cet aspect mélancolique et lugubre.

Le phénomène a même fini par dépasser son propre cadre : après l’explosion des Backrooms, le terme d’« espace liminal » est sorti des cercles spécialisés pour devenir une esthétique internet à part entière — couloirs d’hôtels vides, centres commerciaux silencieux, piscines désertes, bureaux abandonnés. Une nostalgie étrange, ni rassurante ni vraiment inquiétante, devenue un langage visuel mondial.
Il y a aussi quelque chose de plus profond. Parsons lui-même dit : « Pour moi, Backrooms est le résultat cumulatif d’un épuisement sociétal face à cette monoculture industrialisée dans laquelle nous glissons. » Les couloirs de sous-sol de supermarché, les open spaces déserts après les heures de bureau, les parkings sous-terrain infinis : nous vivons entourés d’espaces qui n’ont pas été conçus pour que des humains s’y sentent bien, et quelque chose en nous le sait.
Les Backrooms ont mis un nom, une image, une mythologie sur cette angoisse diffuse. Et c’est pour ça qu’elles ont pris.


