Ryu a son bandeau, Guile sa coupe de cheveux culte et Chun-Li ses bracelets, très bien. Ken ressemble à Ken. Le nouveau Street Fighter connaît ses classiques et passe deux heures à nous le prouver. Sauf quand ses personnages commencent à parler.
Voilà tout le paradoxe de ce nouveau Street Fighter sur grand écran. Le film de Kitao Sakurai aime les jeux, connaît les jeux, truffe chaque recoin d’Easter eggs et semble parfois avoir été fabriqué par quelqu’un qui possède encore une borne d’arcade dans son salon.
Après le film de 1994 avec Jean-Claude Van Damme, c’est déjà rassurant.
Mais être fidèle à Street Fighter, est-ce uniquement reproduire ses costumes, ses attaques et ses poses ? Derrière tout ça, on a parfois l’impression de regarder des inconnus déguisés en personnages qu’on connaît depuis trente-cinq ans.
🎮 Street Fighter connaît Street Fighter. Ouf.
Rendons-lui ça : le film n’a absolument pas honte de son matériau.
Pas de costumes noirs vaguement inspirés du jeu, pas de grande opération visant à rendre Street Fighter « crédible ». Les couleurs sont là, les silhouettes aussi, les attaques emblématiques déboulent à l’écran et les références s’empilent pour le petit plaisir de celui qui les repère. De quoi donner quelques points supplémentaires aux combattants qu’on avait déjà classés selon leur potentiel sur grand écran.
Sur ce terrain, le fan service fonctionne.
Sakurai assume même tout ce que cet univers peut avoir de profondément ridicule. Des gens lancent des boules d’énergie avec leurs mains, un militaire américain entretient une relation complexe avec la gravité capillaire et Blanka existe.
😂 Tout le monde a mangé un clown
Le plus étrange arrive lorsque le film doit remplir les énormes blancs laissés par les jeux.
C’est sûr, Capcom n’a jamais écrit huit saisons de Succession sur la psychologie de Ryu. Les premiers jeux racontaient leurs combattants à coups de portraits, de quelques lignes de dialogue et d’un paquet de coups de pied dans la tête. Au cinéma, il fallait forcément inventer.
Ryu et Ken, par exemple, ont toujours formé un drôle de couple. D’un côté, le combattant austère qui consacre sa vie aux arts martiaux. De l’autre, son rival flamboyant, frimeur et nettement plus bavard. Le film conserve cette opposition, mais préfère souvent les entraîner sur le terrain de la buddy comedy. Ken (Noah Centineo) s’en sort plutôt bien : il avait déjà une belle tête à raconter des conneries. Pour Ryu (Andrew Koji), c’est une autre histoire.
Chun-Li (Callina Liang) et surtout Guile (Cody Rhodes) participent eux aussi au grand comedy club. Difficile de crier à la trahison – encore faudrait-il disposer d’un traité de 600 pages sur la psychologie de Guile -, mais voir le militaire ultrapatriotique qu’on imaginait sérieux comme une cour martiale transformé en clown narcissique de service fait quand même un drôle d’effet.
Sur le papier, ce casting complètement improbable nous amusait déjà beaucoup. À l’écran, le plus surprenant n’est finalement pas de voir un catcheur jouer Guile ou Jason Momoa devenir Blanka, mais de découvrir ce que le film leur demande d’en faire.
Tout le monde ou presque semble avoir reçu la même consigne : détends-toi, fais une blague, on tourne Street Fighter. À force, les personnalités se mélangent.
🥊 Fallait-il forcément transformer Street Fighter en comedy club pour assumer Street Fighter ?
Le nanar est parfaitement assumé. Kitao Sakurai vient de The Eric Andre Show et de Bad Trip, et ça se sent : son film préfère rire avec Street Fighter plutôt que risquer qu’on rie de Street Fighter.
Parfois, c’est la bonne décision. Le résultat est coloré, généreux, franchement drôle (enfin une fois ou deux) et beaucoup moins embarrassé par son héritage que ces adaptations de jeux vidéo qui ont passé vingt ans à cacher leurs costumes sous des vestes en cuir (on te voit Mortal Kombat).
Seulement, savoir qu’on fait un nanar ne rend pas automatiquement toutes les blagues drôles. L’autodérision sert surtout d’assurance tous risques. Une situation commence à devenir sérieuse ? Pas de panique, quelqu’un devrait bientôt détendre l’atmosphère.
Et c’est peut-être là que le film force le plus. Il semble tellement décidé à nous montrer qu’il a compris le ridicule de Street Fighter qu’il ne lui laisse presque jamais la possibilité d’être ridicule au premier degré.
Alors qu’on peut très bien accepter qu’un type en kimono blanc balance un Hadoken. On le fait depuis 1987.
Et le scénario au fait ? Il tient à peu près sur l’écran titre d’une borne d’arcade. Un tournoi, des combattants à réunir, un méchant à arrêter et suffisamment de prétextes pour distribuer des coups de pied. C’est maigre, mais franchement, on n’attendait pas de Street Fighter qu’il réinvente Chinatown. Tant que quelqu’un finit par crier « FIGHT! », on est prêts à faire un effort.
🕹️ Et si Street Fighter était simplement plus beau en 2D ?
Autre drôle de sensation : les flashbacks en séquences animées passent tout seuls.
Normal, ils parlent la langue naturelle de Street Fighter. Les corps s’étirent, les poses deviennent absurdes, les impacts explosent, les couleurs débordent. Personne ne demande des comptes à la physique.
Puis retour au live action. Et soudain, voir un véritable être humain prendre une pose de jeu vidéo avant de déclencher une attaque spéciale produit un petit bug dans le cerveau.
Ce n’est même pas forcément une question d’effets visuels, le problème est presque physique.
Dans le jeu, quart de cercle avant + poing = Hadoken. Au cinéma, Andrew Koji doit réellement nous convaincre qu’il vient de fabriquer une boule d’énergie entre ses mains.
Sakurai répond en poussant encore le curseur du cartoon. Parfois, ça passe. Parfois, on voit presque la manette.
💥 Au moins, il ne ressemble à rien (d’autre)
Et c’est peut-être ce qu’on pardonne le plus volontiers à ce Street Fighter.
Il est coloré, idiot, bourré de références et totalement conscient de l’être. Il fonce dans son univers sans demander pardon, quitte à se prendre pas mal de murs en chemin.
On aurait simplement aimé que, de temps en temps, Ryu arrête de jouer à Ryu et redevienne Ryu.
😈 M. Bison, par contre…
Là, c’est plus embêtant. David Dastmalchian est un excellent acteur. Son M. Bison, beaucoup moins. Le bonhomme a pourtant quelques références : le glaçant Piter De Vries de Dune, sans oublier son petit rôle mémorable dans The Dark Knight. Bref, faire exister un personnage bizarre ou inquiétant en quelques scènes, il sait faire.
Mais ici, le grand dictateur mégalomane de Street Fighter parle beaucoup, cabotine un peu et ne dégage presque jamais la puissance qu’on attend du boss final. On voudrait trembler devant M. Bison. On attend surtout qu’il nous laisse passer au combat suivant.
Et contrairement au scénario écrit sur un dessous de verre, un M. Bison sans envergure, ça se pardonne moins facilement.
🎬 Fiche technique
Titre : Street Fighter
Réalisation : Kitao Sakurai
Avec : Andrew Koji, Noah Centineo, Callina Liang, Cody Rhodes, Jason Momoa, David Dastmalchian
Genre : action, comédie, arts martiaux
Sortie française : 14 octobre 2026

⭐ Le verdict ScreenHub
★★☆☆☆
Un énorme nanar qui sait parfaitement qu’il en est un, rempli de couleurs, d’Easter eggs et d’amour pour les jeux. On reconnaît tout de suite Street Fighter. Ses personnalités, parfois un peu moins.


