Sur le papier, The Drama avait tout pour devenir la comédie noire chic dont Internet allait parler pendant six mois : Zendaya, Robert Pattinson, A24 et un mariage qui part en vrille.
À l’écran, c’est plus compliqué : un film assez intelligent pour intriguer, assez tordu pour déranger, et assez content de lui pour parfois donner envie de lui retirer le micro.
💍 Un mariage transformé en zone sinistrée psychologique
Le point de départ de The Drama est une machine à conversation toute trouvée.
Un couple à quelques jours du mariage, une soirée arrosée, un jeu de confidences du type “quelle est la pire chose que tu aies faite ?”. Et soudain une révélation si énorme qu’elle transforme la cérémonie à venir en zone sinistrée psychologique.
Kristoffer Borgli, déjà amateur de malaise contemporain avec Dream Scenario et Sick of Myself, sait exactement où appuyer : sur la gêne, sur l’embarras social, sur cette panique moderne née du fait qu’on ne sait plus si l’intimité existe encore dès lors qu’elle est observée, commentée, jugée.
Le film a une vraie idée, et mieux : une idée suffisamment toxique pour faire rire de travers.
😬 Une comédie noire qui excelle dans l’inconfort
Là où The Drama fonctionne le mieux, c’est dans son inconfort.
Le film a compris qu’un mariage contemporain est déjà en soi une petite dictature du regard des autres : amis, témoins, famille, photos, DJ, chorégraphie du premier slow, validation morale du couple entier en temps réel.
Borgli transforme tout ça en terrain de guerre passive-agressive. Son humour noir fait souvent mouche quand il reste au niveau du frisson social, du rire nerveux, de la scène qu’on voudrait quitter physiquement.
En gros, le film excelle dès qu’il vous fait sentir comme un invité coincé à la table 7, avec envie de fuir par les cuisines.
🎭 Pattinson et Zendaya sauvent souvent la soirée
Et puis il y a le duo central. Robert Pattinson, surtout, semble s’amuser comme un malade à jouer l’homme civilisé qui se désintègre de l’intérieur avec la discrétion d’un grille-pain jeté dans une baignoire.
Il est nerveux, lâche, raide, pathétique, parfois très drôle dans son incapacité à absorber moralement ce qu’il entend.
Zendaya, elle, joue davantage sur l’opacité blessée, la douceur inquiétante, le visage impénétrable qui empêche le film de se réduire à une simple mécanique de twist.
Ce sont eux qui donnent au film sa tenue, voire sa crédibilité émotionnelle, quand le scénario commence à forcer le trait.
🪞 Un film fasciné par son propre malaise
Parce que oui, The Drama force parfois. Son grand défaut, c’est de croire qu’être provocateur suffit à rester profond.
Plusieurs critiques pointent la même limite : le film a un concept formidable, mais il le tire comme un chewing-gum jusqu’à perdre un peu sa saveur.
Une fois le choc initial encaissé, Borgli semble moins intéressé par les conséquences humaines réelles de sa révélation que par la possibilité de prolonger le malaise. Encore, puis encore, puis encore un peu, comme un humoriste qui sentirait la salle rire et déciderait de remuer le couteau jusqu’à voir si quelqu’un quitte la pièce.
Le problème, c’est qu’à ce stade on ne sait plus toujours si le film explore quelque chose ou s’il contemple son propre reflet dans le miroir A24.
🎬 Une satire qui vacille parfois sur son propre fil
Le ton lui-même finit par vaciller.
The Drama veut être satire, psychodrame, anti-romcom, essai sur le jugement collectif, et grenade dégoupillée sur un sujet très sensible. Pourquoi pas.
Sauf qu’à force de marcher sur ce fil, le film donne parfois l’impression de jongler avec ses thèmes en regardant surtout si le public ose encore suivre.
Le côté à moitié drôle, à moitié forcé finit par prendre le dessus, au point qu’on peut parfois avoir l’impression que le film manipule des enjeux lourds sans toujours les comprendre complètement.
En clair : The Drama adore provoquer la conversation, mais n’est pas toujours certain d’avoir quelque chose d’aussi fort à dire que ce qu’il croit.
🍸 Un film imparfait… mais impossible à ignorer
Reste un objet de cinéma assez singulier pour qu’on ne le balaie pas d’un revers de main.
Même quand The Drama patine, il patine avec style.
Il y a ici suffisamment d’intelligence, de cruauté et de jeu d’acteurs pour tenir debout. Mais pas assez de maîtrise pour transformer sa brillante idée de départ en grand film au lieu d’un très bon sujet de discussion à la sortie.
Au fond, The Drama ressemble un peu à ces mariages où tout le monde dit : “c’était intense”
au lieu de dire : “c’était bien”.
On admire la décoration, on retient deux ou trois phrases assassines, on repense au moment où quelqu’un a clairement failli craquer, et on rentre chez soi avec l’impression d’avoir vécu quelque chose.
Ce qui, au cinéma, est déjà beaucoup. Mais ce n’est pas toujours suffisant pour dire oui.
⭐ Notre avis : 3/5
Un anti-romcom vénéneux, porté par deux stars impeccables, fascinant par moments, laborieux par d’autres — et un peu trop amoureux de son propre malaise.

📋 The Drama
Réalisation / scénario : Kristoffer Borgli
Casting principal : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie
Genre : romance, comédie noire, drame, thriller psychologique
Durée : 1h45 à 1h46 selon les sources
Classification : R
Sortie cinéma : 3 avril 2026
Studio / distribution : A24
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