Huit films live, des zombies par palettes et suffisamment de nanars pour contaminer une vidéothèque entière : Resident Evil n’a jamais vraiment trouvé la formule au cinéma. Zach Cregger débarque avec Austin Abrams, 90 minutes au compteur et une idée presque révolutionnaire : et si on faisait enfin un film qui ressemble à Resident Evil ?
Il aura fallu vingt-quatre ans.
Vingt-quatre ans depuis que Milla Jovovich se réveillait en robe rouge dans un manoir, six films avec Alice, un reboot qui voulait revenir aux jeux, des films d’animation, une série Netflix annulée après une saison et suffisamment de mutations génétiques pour que même Umbrella Corporation commence à envisager un audit interne.
Et pourtant, personne n’avait vraiment résolu cette énigme apparemment insurmontable :
comment faire un bon film Resident Evil ?
Zach Cregger a trouvé une réponse étonnamment simple.
Ne pas adapter directement un jeu.
Pas de Leon Kennedy placé dans un coin du cadre pour faire applaudir les fans. Pas de Jill Valentine obligée de réciter son CV. Pas de Chris Redfield frappant un rocher pour prouver que quelqu’un dans l’équipe a bien joué à Resident Evil 5.
À la place : un pauvre type qui doit effectuer une livraison médicale.
Et bizarrement, c’était peut-être exactement ce qu’il fallait.
🚑 Bienvenue à Raccoon City. Votre livraison est estimée entre 22 h et votre mort
Bryan, incarné par Austin Abrams, est coursier médical. Pas policier, pas militaire, pas membre des S.T.A.R.S. : juste un type déjà épuisé par son boulot et confronté à une grossesse imprévue avec sa petite amie lorsqu’on lui propose une dernière livraison prioritaire.
Destination : Raccoon City General Hospital.
Double paie. Une route de montagne. Une tempête de neige. Dans l’univers de Resident Evil.
Bryan, sérieusement.
Sur la route, il percute une femme. Il s’arrête pour l’aider, parce que Bryan est visiblement une bonne personne et n’a pas encore compris dans quelle franchise il vient de mettre les pieds.
La femme n’est évidemment pas simplement blessée.
Et voilà notre héros lancé dans la pire livraison Uber Eats de l’histoire.
Accident, ferme isolée, créatures, tunnels, hôpital, Raccoon City : le film transforme son trajet en succession de zones de plus en plus hostiles.
Bryan doit aller d’un point A à un point B.
Entre les deux, tout essaie de le bouffer.
🎮 Enfin quelqu’un qui a compris pourquoi les jeux fonctionnent
C’est là que Cregger fait quelque chose d’assez malin : son film raconte une histoire originale, mais fonctionne constamment comme une partie de Resident Evil.
Une porte fermée. Des munitions qu’on cherche dans des tiroirs. Une lampe de téléphone dans le noir. Un nouvel endroit qui semble immédiatement être une très mauvaise idée.
Cregger a raconté avoir découvert la saga avec Resident Evil 2 et avoir été marqué par une mécanique essentielle du survival horror : économiser ses ressources.
Et ça se voit.
Bryan n’est jamais une machine de guerre. Il avance, improvise, panique, fouille et essaie surtout de rester vivant.
Le résultat ressemble parfois davantage aux jeux que des adaptations qui en reprenaient directement les personnages.
Parce que Resident Evil, ce n’est pas seulement Leon Kennedy avec une belle veste.
C’est surtout ouvrir une porte en sachant pertinemment qu’on aurait mieux fait de la laisser fermée.
😱 Et oui : Resident Evil essaie enfin de nous faire peur
Concept audacieux.
Les précédents films avaient progressivement transformé la saga en festival de fusillades, ralentis, explosions et Milla Jovovich sautant depuis des immeubles comme si les lois de la gravité avaient elles aussi été contaminées.
Cregger repart dans l’autre direction.
Il laisse Bryan seul, souvent dans le noir, et construit plusieurs séquences autour d’une idée extrêmement simple : qu’est-ce qui l’attend au prochain endroit ?
Et lorsqu’il montre enfin ses créatures, il ne fait pas dans le mignon.
Zombies, corps déformés, mutations improbables : après Barbarian et Weapons, Zach Cregger confirme qu’il entretient avec l’anatomie humaine une relation qui mériterait peut-être quelques séances.
🤢 Zach Cregger, ça va avec les corps humains ?
On commence réellement à s’inquiéter.
Dans Barbarian, le corps était déjà malmené.
Dans Weapons, disons que certaines personnes terminaient la journée dans un état assez éloigné de celui dans lequel elles l’avaient commencée.
Et maintenant Resident Evil. Cregger semble avoir trouvé la franchise parfaite pour continuer ses expériences.
Chez Capcom, on peut commencer avec un zombie vaguement humain et terminer avec quatorze yeux, six bras et un problème évident de gestion de la colère.
Pour lui, ce n’est plus une contrainte : c’est Disneyland.
😂 Austin Abrams, héros malgré lui et probablement contre son avis
La vraie trouvaille du film reste pourtant Austin Abrams.
Son Bryan ressemble à un PNJ qui aurait accidentellement marché devant la caméra avant de découvrir avec horreur que le scénario venait de le choisir comme personnage principal.
Il panique, jure, réfléchit parfois beaucoup trop tard et possède surtout quelque chose de devenu presque exotique dans un blockbuster : il a réellement l’air d’avoir peur de mourir.
Abrams est drôle sans transformer Bryan en machine à punchlines. Et ce dosage compte énormément, parce que Cregger aurait facilement pu pousser le curseur trop loin.
Il l’a d’ailleurs reconnu lui-même : les premières projections-test trouvaient le film trop drôle, et il a supprimé une partie des gags.
Bonne décision.
Parce que Resident Evil fonctionne précisément lorsque le rire arrive comme une soupape après la trouille, pas lorsqu’il la remplace.
☂️ Des références, oui. Une agression nostalgique, non
Umbrella est là. Raccoon City aussi. Les connaisseurs reconnaîtront évidemment beaucoup de choses.
Mais le film ne passe heureusement pas 90 minutes à nous donner des coups de coude.
T’as vu ?
T’AS VU LE TRUC DU JEU ?
REGARDE, UNE PORTE ! COMME DANS RESIDENT EVIL !
Calme-toi, Sony.
Cregger utilise surtout les règles et l’ambiance de la franchise plutôt que de transformer son film en catalogue de références.
Et l’absence de Leon, Jill, Claire ou Chris devient même un avantage : Bryan n’est pas une icône.
Il peut mourir, il peut perdre. Il peut prendre une décision catastrophique.
Avec Leon, on se demande quelle arme il va trouver. Avec Bryan, on se demande s’il arrivera vivant dans la pièce suivante. Ou au moins avec tous ses membres.
Pour un film d’horreur, c’est quand même plus pratique.
🔫 90 minutes. Merci Zach
Autre miracle : Resident Evil ne dure pas trois heures.
Pas quatre chapitres. Pas douze personnages dont il faut retenir le nom. Pas de grande mythologie expliquée devant un hologramme. Pas de scène post-générique annonçant Resident Evil Cinematic Universe – Phase One.
Une mission. Une nuit. Un type. Des monstres.
90 minutes.
Merci Zach.
Cette simplicité donne au film son énergie de jeu vidéo : Bryan passe d’une zone à l’autre, les problèmes deviennent plus gros, les créatures plus absurdes et la situation toujours plus catastrophique.
Jusqu’au dernier acte, où Cregger pousse tellement loin l’escalade que le film perd forcément un peu de la peur très simple de ses débuts.
Mais là encore, c’est presque la tradition Resident Evil.
Tu commences avec une lampe et une porte verrouillée.
Tu termines face à quelque chose qui ressemble à un accident industriel ayant développé des sentiments.
🧟♂️ Alors, quelqu’un a enfin compris Resident Evil ?
Oui.
Et le plus drôle, c’est qu’il a fallu arrêter de vouloir reproduire directement les jeux pour y parvenir.
Zach Cregger ne nous donne pas Leon, Jill ou une reproduction au centimètre près du commissariat de Raccoon City.
Il retrouve quelque chose de plus important : la sensation d’y être.
Seul. Mal équipé. Dans le noir. Avec une porte devant soi. Et aucune envie de l’ouvrir.
Après vingt-quatre ans de clones, de ralentis, d’explosions et de mutations plus ou moins inspirées, Resident Evilretrouve enfin son meilleur ingrédient : la vulnérabilité.
Un type, une livraison, une ville entière qui veut sa peau : finalement, ce n’était pas si compliqué.
Il suffisait juste de trouver la bonne clé.
Elle était probablement dans une pièce verrouillée au deuxième étage.
🎮 Au fait, à la base, c’est quoi Resident Evil ?
Avant les films, les clones et Milla Jovovich qui court sur les murs, Resident Evil est surtout une série de jeux vidéo lancée par Capcom en 1996.
Le premier épisode enferme une équipe des S.T.A.R.S. dans un manoir rempli de zombies, de créatures biologiques et de portes derrière lesquelles personne de raisonnable n’aurait envie d’aller voir. Le principe : explorer, résoudre des énigmes, économiser ses munitions et essayer de survivre avec beaucoup moins de ressources que de problèmes.
Le succès est énorme et contribue à populariser le survival horror. La saga s’étend ensuite à Raccoon City, développe toute la mythologie d’Umbrella Corporation, des virus et des armes biologiques, et fait émerger des personnages devenus cultes comme Jill Valentine, Chris Redfield, Leon S. Kennedy ou Claire Redfield.
En résumé : Resident Evil, ce n’est pas simplement tirer sur des zombies. C’est surtout regarder ses trois dernières balles et se demander si le monstre devant soi les mérite vraiment.
Spoiler : généralement, un truc beaucoup plus gros arrive dix minutes plus tard.

🎬 Fiche technique
Titre : Resident Evil
Réalisation : Zach Cregger
Scénario : Zach Cregger et Shay Hatten
Avec : Austin Abrams, Zach Cherry, Kali Reis, Paul Walter Hauser
Genre : horreur, survival horror, comédie noire
Durée : environ 1 h 30
Sortie : 17 septembre 2026
⭐ Le verdict ScreenHub
★★★★☆
Après vingt-quatre ans à chercher comment adapter Resident Evil, Zach Cregger comprend enfin que le meilleur moyen était peut-être de nous faire jouer sans manette. Flippant, dégueulasse, drôle juste comme il faut et merveilleusement efficace : Raccoon City tient enfin son bon film.
Il était temps.
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