Cinquante ans après Brian De Palma, Mike Flanagan ressuscite Carrie White sur Prime Video. Huit épisodes, des smartphones, du harcèlement scolaire et une mère toujours aussi terrifiante : cette nouvelle adaptation de Stephen King a de quoi séduire. Mais à force de vouloir comprendre tout le monde, Flanagan finit parfois par oublier qu’on était venus prendre une bonne claque.
On connaissait Carrie White, l’adolescente martyrisée, sa mère fanatique, ses pouvoirs télékinésiques. On avait bien en tête cette fameuse soirée de bal qui se termine avec un sérieux problème de nettoyage.
Mike Flanagan reprend tout ça, mais décide de s’installer. Huit épisodes pour adapter l’un des romans les plus courts de Stephen King, il fallait oser. Brian De Palma avait réglé l’affaire en 1 h 38, avec suffisamment de sang de porc pour traumatiser plusieurs générations.
📱 Carrie White découvre Instagram. Mauvaise idée.
Cette nouvelle Carrie (Summer H. Howell) a grandi presque coupée du monde. Après la mort de son père, elle découvre le lycée, les autres adolescents et cette formidable invention de l’humanité : les réseaux sociaux.
La scène des vestiaires, déjà insoutenable chez De Palma, prend une dimension particulièrement cruelle. Carrie découvre ses premières règles sous les moqueries de ses camarades, mais cette fois, les téléphones filment. L’humiliation quitte les douches, circule sur Internet et continue de la poursuivre bien après la sonnerie.
Bienvenue au lycée en 2026. On aurait presque envie de lui (re-)conseiller l’enseignement à domicile, si sa mère n’était pas encore plus inquiétante.
Flanagan réussit cette actualisation parce qu’elle prolonge naturellement la violence du roman. Carrie n’est plus seulement la fille bizarre que tout le monde humilie : elle devient un contenu à partager. Et l’idée est franchement glaçante.
🙏 Samantha Sloyan mérite qu’on lui confisque sa Bible
La meilleure raison de regarder cette Carrie s’appelle peut-être Samantha Sloyan.
Son interprétation de Margaret White est formidable. Elle peut passer de la tendresse à la terreur avec une facilité assez préoccupante, et donne à cette mère religieuse une dimension plus humaine que la figure monstrueuse popularisée par Piper Laurie.
Margaret aime sa fille. Elle en a peur, aussi. Et elle est convaincue que la protéger du monde passe par une éducation qui ressemble furieusement à une prise d’otage.
Sloyan réussit à rendre cette femme presque compréhensible sans la rendre fréquentable.
Summer H. Howell tient également très bien son rôle. Sa Carrie est moins immédiatement inquiétante que celle de Sissy Spacek, plus curieuse, plus ouverte à la possibilité d’une vie normale. On s’attache à elle, on a envie qu’elle s’en sorte.
🛋️ Stephen King, mais avec huit séances de thérapie
Mike Flanagan adore comprendre ses personnages. C’est l’une de ses grandes qualités, de Hill House à Sermons de minuit. Mais ici, il pousse parfois le principe jusqu’à l’épuisement.
Margaret possède ses blessures. Sue Snell (Siena Agudong) affronte sa culpabilité. Même Chris Hargensen (Alison Thornton), l’une des principales tortionnaires de Carrie, bénéficie d’un traitement qui cherche à expliquer sa cruauté.
C’est intelligent, souvent bien joué, mais à force de distribuer des traumatismes à tout le monde, Flanagan transforme parfois Stephen King en gigantesque séance de thérapie familiale.
Et Carrie doit partager l’affiche avec une petite armée d’adolescents dont on explore les états d’âme. Certains enrichissent le récit, d’autres donnent surtout l’impression que Prime Video avait commandé huit épisodes et qu’il fallait bien les remplir.
On finit presque par attendre que quelqu’un rappelle à tout ce petit monde qu’une adolescente possède des pouvoirs capables de transformer le lycée en zone sinistrée.
🩸 Le bal arrive. Enfin.

Évidemment, tout converge vers le bal de promo. Difficile de ne pas penser à Sissy Spacek, couverte de sang, immobile sous les projecteurs, dans l’une des images les plus célèbres du cinéma d’horreur.
Flanagan reprend ce passage obligé, mais le chemin qu’il emprunte change notre rapport à Carrie. Sa version a davantage appris à connaître les autres, à se défendre et à envisager une existence différente. L’effet tragique n’est plus tout à fait le même.
La série développe aussi une mythologie surnaturelle qui déplace progressivement le centre de gravité du récit. Sans révéler ses surprises, disons que Flanagan semble parfois plus intéressé par ce que Carrie pourrait devenir que par la catastrophe qu’elle représente.
C’est un choix défendable. Mais on peut regretter qu’une histoire aussi féroce perde une partie de sa méchanceté à force de vouloir ouvrir des portes.
Chez De Palma, le bal ressemblait à une condamnation. Ici, on sent le scénariste réfléchir à ce qu’il pourrait raconter après. Et ça tombe bien : Mike Flanagan rêve déjà de trois saisons de Carrie. On espère que la gamine a pris un abonnement.
Carrie, série créée par Mike Flanagan, avec Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong, Alison Thornton, Amber Midthunder et Matthew Lillard. 8 épisodes, disponibles le 7 octobre 2026 sur Prime Video.

⭐ Le verdict ScreenHub
★★★☆☆
Une adaptation ambitieuse, portée par deux excellentes actrices et une actualisation du harcèlement particulièrement réussie. Mais huit épisodes de psychologie finissent par émousser la brutalité du récit. On voulait voir Carrie perdre le contrôle. Mike Flanagan voulait surtout comprendre pourquoi.


