Pendant que Cousins Beach transforme un regard sur un ponton en crise existentielle, Laurel Park essaie de rappeler à tout le monde qu’il existe une vie après 20 ans. Mauvaise nouvelle : personne ne l’écoute.
Dans L’Été où je suis devenue jolie, on passe trois saisons à se demander si Belly doit choisir Conrad ou Jeremiah. Laurel Park aurait une autre suggestion : terminer ses études, respirer cinq minutes et arrêter de prendre des décisions définitives en plein chaos sentimental.
Sur le papier, elle avait tout pour devenir la mère relou du teen drama, celle qui débarque pour éteindre la musique à 23h04. Sauf que Laurel est plus marrante que ça : elle voit souvent juste et gère parfois sa propre vie comme un fichier Excel corrompu.
Et Jackie Chung joue à merveille ce grand écart.
🌊 Quelqu’un devait bien garder les pieds sur terre
Laurel n’a jamais parlé couramment le Cousins Beach.
Susannah (Rachel Blanchard) transforme chaque été en souvenir avant même qu’il soit terminé, Belly (Lola Tung) grandit en considérant la maison comme un royaume enchanté et Conrad comme une annexe du mobilier. Laurel aime tout ce petit monde, mais elle sait aussi qu’un été finit et qu’un premier amour n’a pas besoin de devenir un projet immobilier sur trente ans.
Forcément, Belly la trouve pénible.
Mais Laurel n’est pas une machine à distribuer des conseils. Au début de la série, son mariage avec John (Colin Ferguson) est terminé, elle n’arrive plus à écrire et ses enfants commencent à construire leur vie sans lui demander l’autorisation.
Puis débarque Cleveland Castillo (Alfredo Narciso).
Laurel flirte, boit, couche avec lui dans une voiture. Aucun coucher de soleil, aucune promesse éternelle, pas même un collier symbolique à analyser sur Reddit pendant six mois. Juste une femme divorcée qui se rappelle qu’elle n’est pas uniquement la mère de Belly.
Et ça lui va plutôt bien.
💛 Susannah, le gros trou dans l’armure
Avec Susannah, toute la belle maîtrise de Laurel prend l’eau.
Elles se connaissent depuis l’université, ont élevé leurs enfants ensemble et construit autour de Cousins une famille qui dépasse les liens du sang. Laurel appellera Susannah sa real soulmate.
Puis Susannah meurt.
Et Laurel adopte une stratégie de deuil formidable : ne surtout pas faire son deuil.
Elle écrit, travaille, s’occupe de Steven et Belly, serre les dents. Jenny Han rapproche d’ailleurs Laurel de Conrad sur ce point : quand la douleur devient trop forte, les deux se replient sur eux-mêmes.
Le problème, c’est que Belly aurait besoin de voir sa mère souffrir. Laurel pense la protéger en restant solide ; elle construit surtout un mur entre elles.
C’est là que le personnage devient meilleur. Laurel peut lire les autres comme un livre ouvert et rater complètement la page qui parle d’elle.
Bienvenue chez les adultes.
💍 Belly veut se marier. Laurel fait un AVC intérieur
Saison 3 : Belly annonce qu’elle veut épouser Jeremiah.
Laurel prend l’information avec le calme d’une femme à qui on vient d’annoncer que sa fille abandonne tout pour ouvrir un bar de plage avec son mec rencontré en vacances.
Elle trouve Belly trop jeune, le mariage précipité et refuse d’applaudir pour faire plaisir à tout le monde. Et, franchement, vu de son canapé, difficile de ne pas comprendre son envie de hurler dans un coussin.
Sauf que Laurel tombe dans son propre piège.
Depuis le début, elle répète à Belly qu’elle doit découvrir qui elle est en dehors de Cousins, de Conrad, de Jeremiah et de cette gigantesque fanfiction familiale devenue réalité. Très bien. Maintenant, il faut accepter que sa fille puisse utiliser cette liberté pour faire un choix qu’elle trouve complètement con.
Laurel finit donc par revenir. Pas parce qu’elle s’est découvert une passion pour les mariages à 21 ans, mais parce qu’elle comprend enfin la partie la plus ingrate du boulot : conseiller son enfant n’autorise pas à choisir à sa place.
Même Conrad semble mieux la comprendre que Belly. Ce n’est pas si surprenant : Laurel et lui partagent le même logiciel. On souffre, on ne dit rien, on prétend gérer, puis on s’étonne que tout explose.
Jackie Chung l’a d’ailleurs rappelé : Laurel n’est pas Team Conrad. Elle est Team Belly.
Enfin une adulte dans cette guerre civile.
🎭 Jackie Chung, l’arme silencieuse
Laurel aurait pu être un personnage atrocement fonctionnel : entrer dans une pièce, froncer les sourcils, rappeler qu’il y a école demain, sortir.
Jackie Chung lui donne autre chose.
Elle joue dans les regards, les silences, la mâchoire qui se serre quand Laurel aimerait envoyer tout Cousins se faire voir. Son humour sec fait le reste. Face à une série où les émotions adorent courir en maillot de bain sous la pluie, Laurel reste la femme qui préférerait régler le problème autour d’un café.
Et c’est sans doute pour ça que le personnage change autant selon l’âge auquel on le regarde.
À 16 ans : quelle mère relou.
À 25 : bon, elle marque un point.
À 40 : LAUREL, PRENDS LES CLÉS DE VOITURE DE BELLY.
Puis on finit par comprendre qu’elle se trompe aussi. Qu’elle contrôle parce qu’elle a peur, se tait quand elle souffre et donne parfois de meilleurs conseils qu’elle n’est capable d’en suivre.
Bref, Laurel Park n’est pas la seule adulte raisonnable de L’Été où je suis devenue jolie.
C’est juste celle qui donne le mieux l’impression de l’être.
📺 The Summer I Turned Pretty, toutes les saisons sur Amazon Prime Video.
À lire aussi sur ScreenHub
- Conrad Fisher : Red Flag ou romantique tragique ?


