Sandra Bullock et Nicole Kidman ressortent le grimoire… mais ont-elles retrouvé la formule ?
Il aura fallu vingt-huit ans pour retrouver Sally et Gillian Owens. Vingt-huit ans, c’est long. Assez pour qu’un film accueilli plutôt fraîchement en 1998 devienne culte, que les margaritas de minuit acquièrent le statut de patrimoine mondial de la sorcellerie et qu’Hollywood se dise soudain : « Tiens, mais il resterait pas quelque chose à traire par ici ? »
Bonne nouvelle : Les Ensorceleuses 2 n’est pas seulement une opération de nécromancie commerciale. Mauvaise nouvelle : parfois, il s’en approche dangereusement.
Parce que Sandra Bullock et Nicole Kidman ont toujours ce petit quelque chose. Parce que la maison Owens reste probablement l’endroit où l’on aimerait le plus passer Halloween, même avec une malédiction familiale dans le prix du loyer. Et parce que derrière ses grosses ficelles nostalgiques, le film de Susanne Bier parvient encore, par moments, à retrouver ce mélange étrange de sorcellerie, de romance et de solidarité féminine qui faisait tout le charme du premier.
Le problème, c’est qu’entre deux sortilèges, le scénario semble parfois avoir oublié la formule.
🧙♀️ Le premier film était bancal. C’était justement ça qui était bien
Soyons sérieux deux minutes : Les Ensorceleuses n’a jamais été un chef-d’œuvre.
Le film de 1998 mélangeait romance, comédie, meurtre, violences conjugales, résurrection d’un cadavre, possession démoniaque et Nicole Kidman dansant autour d’un blender. À peu près le programme d’un samedi soir qui a très mal tourné.
Et pourtant, ça fonctionnait.
Pas toujours comme prévu, certes. Mais le film possédait une personnalité folle, une chaleur, une esthétique automnale immédiatement reconnaissable et surtout un formidable quatuor féminin : Sandra Bullock, Nicole Kidman, Dianne Wiest et Stockard Channing. Le scénario partait parfois cueillir des champignons pendant vingt minutes, mais on avait envie de rester avec elles.
Cette imperfection est devenue son charme.
Les Ensorceleuses 2, lui, sait parfaitement que le premier est désormais culte. Et c’est presque son principal problème.
🍹 Attention, nostalgie servie très généreusement
La maison ? Elle est là.
Les margaritas de minuit ? Évidemment.
Les tantes ? Présentes.
Les petites références que les fans reconnaîtront avant même qu’elles aient fini d’apparaître à l’écran ? Tu vas pouvoir jouer au bingo.
Hollywood appelle ça un legacy sequel. En français courant : « Vous vous souvenez comme c’était bien quand vous aviez quinze ans ? »
Le film appuie parfois tellement fort sur le bouton nostalgie qu’on s’attendrait presque à voir surgir une VHS dans un coin de l’écran.
Le plus frustrant, c’est qu’il n’en a pas vraiment besoin.
Quand Sandra Bullock et Nicole Kidman sont simplement ensemble, la magie revient sans qu’on ait besoin de secouer sous notre nez un souvenir de 1998 toutes les cinq minutes. Leur relation a vieilli, leurs personnages aussi, et c’est précisément là que le film devient intéressant : Sally n’est plus la jeune femme qui avait peur de sa propre nature, Gillian n’est plus uniquement la sœur flamboyante qui débarque en foutant le feu aux rideaux.
Elles ont vécu.
Le film aurait gagné à leur faire davantage confiance.
✨ Sandra Bullock n’a absolument rien perdu
Et puis il y a Sandra Bullock.
Après plusieurs années loin des écrans, il lui suffit de quelques scènes pour rappeler pourquoi Hollywood a passé trente ans à lui confier des films entiers.
Elle possède toujours ce mélange assez rare de fragilité, d’autorité et de timing comique qui permet à Sally de passer d’une mère inquiète à une sorcière prête à retourner l’Angleterre sans qu’on se demande une seconde comment on en est arrivé là.
Nicole Kidman, elle, retrouve Gillian avec davantage de légèreté. Elle entre dans une pièce et le film gagne instantanément quelques degrés. Son personnage est parfois moins bien servi par l’intrigue, mais sa complicité avec Bullock reste le meilleur sortilège du film.
Pas besoin de bougie, de sel ou de cheveux récupérés discrètement sur une brosse : mets ces deux-là dans une cuisine et filme.
Ça marche encore.
👩👩👧👧 La nouvelle génération arrive… avec beaucoup de scénario dans les bagages
Cette fois, la malédiction des Owens passe surtout par Kylie et Antonia, les filles adultes de Sally, incarnées par Joey King et Maisie Williams.
Kylie tombe amoureuse. Mauvaise idée dans cette famille.
Son compagnon Gideon se retrouve en danger et tout le clan Owens doit une nouvelle fois affronter cette charmante tradition familiale consistant à condamner les hommes aimés par ses descendantes. Chez certains, on transmet une montre. Chez les Owens, on transmet un arrêt de mort sentimental.
L’idée de la transmission fonctionne plutôt bien : les femmes Owens ne cherchent plus seulement à combattre une malédiction, elles tentent de comprendre ce qu’elles ont transmis à leurs filles en voulant justement les en protéger.
Sur le papier, c’est même probablement le meilleur angle possible pour une suite.
À l’écran, c’est plus compliqué.
Le film empile les explications, les nouvelles règles, les histoires familiales et les ramifications magiques jusqu’à donner parfois l’impression qu’il va distribuer un PowerPoint à l’entrée de la salle.
Et à 2 h 10, le chaudron finit sérieusement par mijoter.
🇬🇧 Bienvenue à Poudlard, mais avec Lee Pace
Une grande partie de l’aventure nous emmène cette fois en Angleterre, ce qui permet au film d’élargir la mythologie familiale et d’ajouter une couche de vieille magie européenne.
Et surtout : Lee Pace.
Il incarne Ian Wright, spécialiste de l’histoire de la magie, tatoué, mystérieux, britannique et évidemment suffisamment séduisant pour que Sally oublie momentanément que, dans sa famille, tomber amoureuse équivaut statistiquement à remplir un constat d’accident.
Le film joue avec cette romance sans complètement lui donner l’espace nécessaire. C’est dommage, parce que Pace et Bullock fonctionnent bien ensemble et que leur relation permet justement de raconter quelque chose d’intéressant : peut-on encore accepter de tomber amoureux quand toute son histoire familiale vous hurle que c’est une idée catastrophique ?
On aurait volontiers échangé quelques minutes d’exposition magique contre davantage de ça.
🏠 La maison Owens mérite son propre agent
Il faut tout de même s’arrêter sur elle.
La maison Owens est sublime.
Recréée pour le film, elle retrouve sa cuisine, sa serre, son bois sombre, ses plantes, ses grandes fenêtres et cette ambiance où tu hésites constamment entre demander un thé et vérifier que personne n’est en train d’enterrer un cadavre dans le jardin.
La direction artistique comprend parfaitement ce qui rendait l’univers du premier film si séduisant : la magie n’était jamais complètement séparée du quotidien. Elle vivait dans les plantes, la cuisine, les vêtements, les objets, les maisons.
Visuellement, Les Ensorceleuses 2 retrouve souvent cette sensation.
On pourrait presque regarder deux heures de Sandra Bullock arroser les plantes dans cette baraque.
Ce qui, compte tenu de certains passages du scénario, aurait parfois l’avantage d’être plus reposant.
🔮 Le vrai sortilège reste la sororité
C’est finalement lorsque le film arrête de courir derrière son intrigue qu’il devient le meilleur.
Une conversation entre Sally et Gillian. Un regard entre les générations. Les tantes qui apparaissent et donnent immédiatement l’impression que personne d’autre dans le film ne sait vraiment comment utiliser une pièce. Les filles qui découvrent que leur héritage est autant un poids qu’une force.
C’est là que Susanne Bier touche à quelque chose de plus intéressant qu’une simple suite nostalgique.
Le premier film parlait déjà de femmes qui se sauvaient mutuellement. Celui-ci parle davantage de ce qu’une génération laisse à la suivante : les traumatismes, les peurs, les secrets, mais aussi la force nécessaire pour s’en débarrasser.
Ce n’est pas toujours subtil.
Mais ça fonctionne.
Et lorsque toutes les Owens sont réunies, on comprend très bien pourquoi ce petit film bizarre de 1998 a survécu pendant presque trente ans.
Ce n’était peut-être pas vraiment la magie.
C’étaient elles.
🪄 Alors, la formule fonctionne toujours ?
Pas complètement.
Les Ensorceleuses 2 est trop long, trop explicatif et beaucoup trop amoureux du premier film pour retrouver sa spontanéité. À force de vouloir offrir aux fans exactement ce qu’ils sont venus chercher, il oublie parfois que la meilleure manière de rendre hommage à un film culte consiste peut-être à créer quelque chose qu’on aura envie de revoir dans vingt ans.
Mais difficile de rester totalement insensible.
Bullock est formidable, Kidman retrouve immédiatement Gillian, les nouvelles venues apportent suffisamment de sang neuf et l’univers conserve cette chaleur très particulière que des dizaines de copies witchy ont essayé de reproduire depuis.
Alors oui, le sort est moins puissant.
Oui, on voit parfois les ficelles dépasser du chapeau.
Et oui, quelqu’un aurait dû jeter un sort de réduction sur les 130 minutes du montage.
Mais quand les Owens se retrouvent autour d’une table, que les verres sortent et que cette drôle de famille recommence à faire ce qu’elle fait depuis des générations…
on reprend quand même une margarita.
🎬 Fiche technique
Titre : Les Ensorceleuses 2 (Practical Magic 2)
Réalisation : Susanne Bier
Avec : Sandra Bullock, Nicole Kidman, Joey King, Maisie Williams, Lee Pace, Dianne Wiest, Stockard Channing
Genre : fantastique, comédie dramatique, romance
Durée : 2 h 10
Sortie : 2026
⭐ Le verdict ScreenHub
★★★☆☆
Une suite imparfaite et parfois prisonnière de sa nostalgie, mais Sandra Bullock et Nicole Kidman ont encore suffisamment de magie pour sauver le chaudron. On aurait simplement aimé que le scénario mette un peu moins d’ingrédients dedans.
À lire aussi sur ScreenHub
- The Drama : notre critique du couple selon A24
- Resident Evil : après 24 ans de massacres au cinéma, quelqu’un a enfin trouvé l’antidote
- Dans L’Invitation, Seth Rogen découvre qu’il y a pire que les voisins bruyants : les voisins trop honnêtes
- Raison et sentiments : passer après Kate Winslet et Alan Rickman, il fallait oser


