Carrie revient sur Prime Video, et forcément, ça nous a donné envie de rouvrir le dossier Stephen King. Cinquante ans d’adaptations, quelques chefs-d’œuvre absolus, beaucoup de sang et une presseuse à linge possédée. Il fallait classer tout ça.
Carrie revient. Encore. Prime Video ressort en effet Carrie White, sa mère légèrement compliquée et le bal de promo le moins recommandable de l’histoire dans une nouvelle série signée Mike Flanagan.
Ça nous a donné envie de regarder derrière nous. Parce qu’en cinquante ans, Hollywood a adapté Stephen King avec des résultats… disons variables.
D’un côté, Les Évadés, Shining, Misery. De l’autre, une presseuse industrielle démoniaque et un film tellement éloigné du texte original que King a demandé à la justice qu’on arrête d’utiliser son nom pour le vendre.
Il fallait évidemment classer tout ça.
Petite règle avant de recevoir des haches dans la boîte mail : on ne classe pas les adaptations les plus fidèles. On classe les meilleurs et les pires films ou séries tirés de King, en tenant aussi compte de ce qu’ils font de son œuvre.
Sinon Shining serait déjà en train de préparer ses cartons.
👑 LES 5 MEILLEURES
5. Carrie au bal du diable (Carrie, 1976) – le seau qui a changé les bals de promo
Sissy Spacek, Piper Laurie, Brian De Palma. Un seau de sang de cochon et quelques dizaines d’élèves qui auraient mieux fait de rester chez eux ce soir-là.
Premier roman publié de King, première adaptation cinéma, et déjà un classique. De Palma taille dans le livre, pousse le mélodrame et construit surtout l’une des scènes les plus célèbres du cinéma d’horreur.
Le plus beau là-dedans ? King aime le film, et c’est loin d’être toujours le cas (on y reviendra). Il a même reconnu que De Palma avait amélioré certains éléments de son histoire.
Cinquante ans plus tard, tout le monde continue pourtant d’essayer de refaire Carrie. Bonne chance.
4. Stand by Me (1986) – Stephen King sans clown, sans fantôme et presque sans sang
Quatre garçons partent chercher le cadavre d’un adolescent.
Mouais, présenté comme ça, on admet que le feel-good movie demande quelques explications.
Rob Reiner adapte la nouvelle The Body et transforme cette virée en immense film sur l’enfance, l’amitié et le moment très désagréable où l’on comprend qu’on ne restera pas gamin éternellement.
River Phoenix, Wil Wheaton, Corey Feldman, Jerry O’Connell : le casting est magnifique. Et King lui-même a régulièrement placé le film parmi ses adaptations préférées.
Comme quoi, personne n’avait besoin d’être dévoré par un clown.
3. Misery (1990) – ne critiquez jamais votre propre livre devant Annie Wilkes
Un écrivain, une admiratrice et une maison bien, bien isolée. Au programme : la pire convalescence de l’histoire de la médecine.
Rob Reiner (encore lui) transforme le roman de King en huis clos presque parfait. James Caan passe une bonne partie du film dans un lit pendant que Kathy Bates réussit à rendre terrifiante une femme capable de vous apporter une soupe avec un grand sourire.
Elle décroche l’Oscar de la meilleure actrice. Et une scène impliquant des chevilles est toujours capable, trente-six ans plus tard, de faire serrer très fort les genoux.
2. Shining (The Shining, 1980) – chef-d’œuvre, mauvaise adaptation, on va tous se calmer
Voilà. On y est.
Stanley Kubrick prend le roman de Stephen King, le démonte, change plusieurs pièces et remonte quelque chose qui ressemble davantage à Stanley Kubrick.
Jack Nicholson paraît déjà prêt à tuer sa famille avant même d’arriver à l’Overlook, Wendy change profondément, certains éléments essentiels du livre disparaissent. King n’a jamais caché son hostilité envers cette version.
Petit problème : le film est immense.
L’hôtel, les jumelles, le tricycle, la chambre 237, l’ascenseur, Nicholson passant la tête à travers une porte… On peut discuter pendant trois heures de sa fidélité au roman.
Pendant ce temps, Shining restera tranquillement l’un des films d’horreur les plus célèbres jamais tournés. Un grand film ? Le débat est ouvert. Un film marquant ? Là, il n’y a même pas débat.
1. Les Évadés (The Shawshank Redemption, 1994) – oui, Stephen King a écrit ça
Parce qu’il faut encore régulièrement le rappeler : Les Évadés est adapté de Stephen King.
Pas de télékinésie dans cette histoire. Pas de vampire, et même pas de clown psychopathe. Pas de voiture possédée non plus, d’ailleurs. Juste Andy Dufresne, Red, une prison et Frank Darabont qui transforme la nouvelle Rita Hayworth and Shawshank Redemption en l’un des films les plus aimés de ces trente dernières années.
Tim Robbins et Morgan Freeman font le reste. King a raconté avoir compris en découvrant le film que Darabont avait fabriqué quelque chose de spécial, appelé à devenir un classique.
Pour une fois, personne ne va vraiment trop se battre. Enfin normalement.
🎬 Et aussi… ceux qu’on a laissés devant la porte
La Ligne verte (The Green Mile) ? Oui, ça fait mal. Tom Hanks, Michael Clarke Duncan, Frank Darabont encore. On sait. Merci de rester calmes.
The Mist ? Une fin tellement brutale que King lui-même l’a adorée alors qu’elle n’est pas celle de son texte. Rien que pour ça, dossier solide.
Dead Zone (The Dead Zone) ? David Cronenberg + Christopher Walken + Stephen King. Normalement, cette équation devrait automatiquement donner une place dans le top 5.
Dolores Claiborne ? Kathy Bates, encore. Beaucoup moins cité que Misery, beaucoup trop souvent oublié. Et on refait le coup.
Ça (It) ? Pennywise mérite évidemment d’être ici. Mais entre la minisérie de 1990, le très bon premier film de 2017 et une deuxième partie beaucoup plus discutée, on a préféré lâchement quitter la pièce.
💀 LES 5 PIRES
Bon, on a bien ri. Maintenant, entrons dans la presseuse.
5. Dreamcatcher : L’Attrape-rêves (Dreamcatcher, 2003) – beaucoup de gens talentueux ont participé à ça
Lawrence Kasdan réalise. William Goldman écrit. Morgan Freeman, Thomas Jane, Damian Lewis et Timothy Olyphant jouent dedans.
Sur le papier, quelqu’un avait clairement mis toutes les chances de son côté.
Puis arrivent la télépathie, les extraterrestres et des créatures dont on évitera de préciser l’endroit privilégié pour quitter le corps humain si vous êtes en train de déjeuner.
Dreamcatcher est devenu l’un de ces films fascinants où l’on passe progressivement de « ça pourrait être génial ! » à « mais qu’est-ce qui se passe ? »
4. Cell Phone (Cell, 2016) – raccrochez
John Cusack et Samuel L. Jackson au rapport. Stephen King lui-même participe au scénario.
11 % sur Rotten Tomatoes. Voilà.
L’idée du roman avait pourtant quelque chose de délicieusement anxiogène : un signal transmis par les téléphones transforme leurs utilisateurs en créatures violentes. Dix ans plus tard, le film réussit surtout à transformer une idée assez prophétique en sous-film de zombies sans beaucoup de pouls.
Pour une histoire sur les téléphones, ça capte très mal. Pardon.
3. La Tour sombre (The Dark Tower, 2017) – huit romans, 95 minutes, bonne chance
La saga de King représente des milliers de pages, mélange western, fantasy, horreur, science-fiction et probablement deux ou trois choses qu’on a oubliées.
Hollywood a regardé tout ça et s’est dit : 95 minutes.
Idris Elba joue Roland, Matthew McConaughey l’Homme en noir, et le film tente de condenser, modifier et prolonger l’univers en même temps.
16 % sur Rotten Tomatoes. La grande franchise censée suivre ? Elle n’a pas vraiment suivi.
2. La Presseuse diabolique (The Mangler, 1995) – oui, le méchant est une machine à repasser
Attention : presseuse industrielle possédée. Non, non, pas métaphoriquement.
Tobe Hooper, le réalisateur de Massacre à la tronçonneuse, adapte une nouvelle de King avec Robert Englund et une énorme machine qui développe un goût assez préoccupant pour les êtres humains.
C’est fascinant comme une histoire qui fonctionne à l’écrit est tout de suite moins convaincante à l’écran…
Metacritic : 8/100.
Huit. À ce niveau-là, on ne critique plus : on contemple.
1. Le Cobaye (The Lawnmower Man, 1992) – tellement fidèle que Stephen King a appelé ses avocats
Voici notre champion. Et techniquement, ce n’est même pas forcément le pire film du classement.
C’est mieux : Stephen King a poursuivi les producteurs pour faire retirer son nom du film.
Le Cobaye était commercialisé aux États-Unis comme Stephen King’s The Lawnmower Man. Problème : le scénario avait tellement peu de rapport avec sa nouvelle que King a estimé qu’utiliser son nom relevait pratiquement de la publicité mensongère. Il a obtenu gain de cause.
Voilà donc notre définition personnelle de la pire adaptation de Stephen King : une adaptation dont Stephen King demande juridiquement qu’on arrête de dire qu’elle adapte Stephen King.
Difficile de battre ça. Oui on triche : on avait dit qu’on se basait sur bon film / mauvais film, et pas sur la qualité d’adaptation. Désolé mais la tentation était trop forte.
☠️ Et aussi… parce qu’il restait encore de la place en enfer
Les Langoliers (The Langoliers) ? La minisérie de 1995 possède des effets numériques qui permettent de mesurer très précisément le chemin parcouru par l’humanité depuis Windows 95.
Les Tommyknockers (The Tommyknockers) ? Jimmy Smits, des extraterrestres, quatre heures de télévision et une question qui revient régulièrement : pourquoi est-ce qu’on regarde encore ?
Under the Dome ? Le cas est presque plus douloureux : ça commence plutôt bien. Puis la série continue. Puis continue encore. Puis quelqu’un aurait probablement dû ouvrir le dôme et laisser tout le monde rentrer chez soi.
Et Maximum Overdrive ? Non, on refuse de le classer.
Stephen King derrière la caméra, Emilio Estevez contre des camions tueurs, une bande-son AC/DC et un distributeur de canettes qui attaque des enfants.
Certaines œuvres dépassent la notion même de bien et de mal. Elles existent. Et parfois, c’est déjà beaucoup.


