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Michael : le biopic qui moonwalke autour de tout ce qui dérange

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Michael veut célébrer un génie, ressusciter une icône et faire vibrer la salle sur Billie Jean. Il y parvient parfois.

Mais à force de lisser, contourner et sanctifier son sujet, le film finit surtout par ressembler à une opération de relations publiques avec très bonne sono.

🕺 Une incarnation bluffante… dans un film qui ne sait pas quoi raconter

Il y a, dans Michael, un paradoxe presque fascinant : rarement un biopic aura autant misé sur l’incarnation pour échouer à raconter une personne.

Oui, Jaafar Jackson est bluffant. Oui, il reproduit les gestes, la voix, la timidité fabriquée, la grâce féline de son oncle avec une précision qui dépasse souvent l’imitation. Oui, dès que le film bascule dans la performance, il retrouve soudain du courant, du rythme, une forme d’évidence spectaculaire.

Mais entre deux morceaux de bravoure, Michael redevient ce qu’il est vraiment : un biopic premium, lustré, docile, et étrangement terrorisé par son propre sujet.

🧼 Un film qui contourne soigneusement ce qui dérange

Le problème n’est pas seulement ce que le film omet. C’est la manière dont il organise ses omissions.

Antoine Fuqua et John Logan réduisent la vie de Michael Jackson à une fable de libération artistique, avec Joe Jackson en unique grand monstre. Quant au reste du réel, il est prié d’attendre dehors.

Les accusations d’abus sexuels ? Hors champ. Les zones de plus en plus opaques du personnage ? À peine effleurées.
Les contradictions, les déraillements, l’inquiétante étrangeté de cette célébrité devenue planète à part ? Dissoutes dans un récit si contrôlé qu’il finit par sentir le communiqué validé par comité.

À force de vouloir protéger son héros, Michael lui retire une part décisive de son humanité.

🎤 Un biopic sous vitrine

Cette stratégie a une conséquence immédiate : le film n’explore jamais vraiment Michael Jackson, il l’administre.

On coche les cases, on traverse les époques, on reconstitue les clips. On convoque Quincy Jones, MTV, le gant, le moonwalk, les animaux exotiques, le Pepsi burn… Et tout cela défile avec l’efficacité d’une page Wikipédia à 100 millions de dollars.

Même les moments censés révéler l’artiste semblent fonctionner comme des vignettes approuvées d’avance.

Michael n’est pas un portrait ; c’est une visite guidée VIP. Avec sortie obligatoire par la boutique de souvenirs.

🔥 Heureusement, il reste le spectacle

Et pourtant, le film n’est jamais totalement raté.

D’abord parce que Jaafar Jackson le tient debout presque à lui seul. Ensuite parce que Colman Domingo, en Joe Jackson, compose un père-ogre d’une brutalité glaciale, au point qu’on comprend vite pourquoi le scénario s’y accroche : c’est le seul conflit net que le film accepte de regarder en face.

Certaines séquences musicales, enfin, ont la puissance qu’on attendait d’un tel projet. Quand Michael s’autorise simplement à montrer ce que Jackson faisait mieux que tout le monde — habiter une scène comme si la gravité négociait avec lui — il redevient cinéma.

Pas profond, pas courageux, mais vivant.

💰 Le biopic comme franchise potentielle

Le plus irritant, au fond, n’est pas que Michael choisisse un angle. C’est qu’il ose encore se vendre comme un grand récit biographique, alors qu’il s’arrête précisément là où le vrai vertige commence.

Le film se termine quasiment sur une promesse de suite, comme s’il transformait déjà un destin tragique et controversé en franchise potentielle.

C’est peut-être la trouvaille la plus sinistre du projet : faire d’une vie déchirée un produit en plusieurs chapitres, avec cliffhanger biographique et zones sensibles remises à plus tard.

⚖️ Un mausolée chorégraphié

En sortant, on comprend pourquoi le film peut séduire les fans : la musique est là, le mythe aussi, et l’incarnation de Jaafar Jackson a quelque chose de troublant.

Mais pour qu’un biopic existe vraiment, il ne suffit pas de rejouer les gestes ; il faut accepter de regarder la fêlure, le malaise, la part irréconciliable.

Michael préfère la dévotion à la complexité. C’est son droit. Mais ce n’est plus vraiment un film sur Michael Jackson. C’est un mausolée chorégraphié.

⭐ Notre avis : 2/5

Un spectacle parfois grisant, souvent embarrassé, qui transforme une vie impossible à simplifier en hagiographie deluxe.

Lionsgate / Universal

🎬 Fiche technique

Titre : Michael
Réalisation : Antoine Fuqua
Scénario : John Logan
Avec : Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long, Miles Teller
Distribution : Lionsgate (États-Unis), Universal (international)
Durée : 2 h 09
Sortie : 24 avril 2026

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