Même Carrie, même mère terrifiante, même bal de promo et toujours ce satané seau de sang. Pourtant, entre le film culte de Brian De Palma et la nouvelle série de Mike Flanagan, beaucoup de choses ont bougé. On a sorti la loupe.
Normalement, pour jouer à ce petit jeu il faut deux images, un crayon et beaucoup de temps à perdre. Cette fois, on a pris Sissy Spacek d’un côté, Summer H. Howell de l’autre, et lancé une partie du jeu des sept différences.
Bon, on a rapidement dépassé sept.
Cinquante ans séparent Carrie au bal du diable, réalisé par Brian De Palma en 1976, et la série Carrie de Mike Flanagan lancée sur Prime Video en octobre 2026.
Entre les deux, les téléphones sont devenus intelligents, le harcèlement ne s’arrête plus aux portes du lycée et Carrie White a beaucoup changé.
Et parfois, surprise : ce qui ressemble à une invention de la série vient en réalité du roman de Stephen King, publié en 1974.
⚠️ Attention : à partir d’ici, spoilers massifs. On raconte le bal, le massacre et la fin de la série. Vous êtes prévenus.
Et si c’était parti loin, voilà la Carrie de 1976. Bon… oui… ça a un touuuuuut petit peu vieilli…
📱 1. Le harcèlement a désormais Instagram
La scène des premières règles reste l’un des traumatismes fondateurs de Carrie. Chez De Palma, les filles l’encerclent sous la douche et lui lancent des protections hygiéniques pendant qu’elle panique, avant que Miss Collins (Betty Buckley) intervienne.
En 2026, l’humiliation possède une arme supplémentaire : un smartphone. Chris Hargensen (Alison Thornton) et les autres peuvent filmer, partager, créer de faux comptes, faire circuler les images. Carrie peut quitter le vestiaire, son humiliation, elle, continue sa promenade.
Flanagan ne change donc pas seulement l’accessoire. Il actualise ce qui rendait déjà la scène de De Palma si violente : tout le monde regarde. Sauf qu’aujourd’hui, tout le monde peut aussi enregistrer.
Bienvenue au lycée.
👩 2. Margaret White a huit épisodes pour nous mettre mal à l’aise
Chez De Palma, Piper Laurie compose une Margaret White monumentale, fanatique religieuse capable de transformer un placard en cellule de pénitence et une discussion sur les règles en sermon sur Satan.
Samantha Sloyan récupère le flambeau, mais la série dispose de beaucoup plus de temps pour fouiller Margaret, son mariage, ses traumatismes et sa relation avec sa fille. Le père de Carrie vient notamment de mourir lorsque commence l’histoire, alors que De Palma avait largement évacué cette partie du passé familial.
Le résultat n’est pas une Margaret devenue sympathique. Heureusement, on n’en est pas là.
Mais Flanagan cherche davantage comment cette femme est devenue Margaret White, là où De Palma pouvait presque la filmer comme une créature sortie d’un cauchemar religieux.
👭 3. Carrie n’est plus toute seule avec ses pouvoirs
Voilà une vraie grosse différence.
La Carrie de Sissy Spacek découvre ses capacités pratiquement seule. Elle lit, expérimente, apprend à déplacer des objets et comprend peu à peu qu’elle possède quelque chose que les autres n’ont pas.
La série lui donne Emaline West (Thalia Dudek), une autre adolescente dotée de capacités psychiques. Elle encourage Carrie à explorer ses pouvoirs et ouvre surtout une porte que le film de De Palma laissait fermée : Carrie n’est peut-être pas un cas unique.
Flanagan pousse ainsi beaucoup plus loin l’univers surnaturel autour d’elle, avec d’autres personnes capables de phénomènes similaires et des groupes qui s’intéressent à ces pouvoirs.
Et non, Carrie n’est pas devenue X-Men. Enfin, pas complètement.
👑 4. Le bal ressemble au même cauchemar… jusqu’à ce qu’il ne lui ressemble plus du tout
Robe. Couronne. Tommy. Seau. Sang de cochon. Pendant quelques minutes, on connaît la chanson.
Mais le massacre constitue probablement la plus grosse rupture entre les deux adaptations.
De Palma enferme Carrie dans son humiliation. Le rire des élèves se déforme dans son esprit, les portes se ferment et sa télékinésie devient une arme. Le réalisateur passe alors au célèbre split screen pendant que la salle de bal se transforme en piège.
Flanagan reprend le rituel, mais ajoute Emaline au cœur de la catastrophe. Elle propose à Carrie de prendre les commandes et intervient dans le déchaînement de ses pouvoirs. La série laisse cependant planer un doute sur la part exacte de responsabilité de chacune dans le massacre.
Ça change beaucoup plus qu’un détail de scénario.
Chez De Palma, Carrie reste responsable de la vengeance qui suit son humiliation, aussi tragique soit-elle. Chez Flanagan, cette responsabilité devient plus trouble, et Carrie reste victime jusque dans un massacre dont elle ne semble plus être l’unique maîtresse.
Et là, le jeu des différences commence à devenir légèrement plus compliqué qu’un parasol disparu sur une plage dans ton Cahier de vacances.
🏫 5. Le lycée n’est plus seulement le décor de Carrie
Il faut remplir huit épisodes. Forcément, Tommy, Sue, Chris et les autres ont gagné quelques lignes sur leur fiche de poste.
La série développe beaucoup plus les adolescents autour de Carrie, leurs familles, leurs relations et leurs propres difficultés. Chris dispose de davantage de temps à l’écran, tandis que Sue et Tommy gagnent eux aussi de l’espace.
De Palma avait 98 minutes et une cible : Carrie White. Flanagan a huit épisodes et regarde davantage tout un lycée fabriquer la catastrophe.
Ça donne parfois plus d’épaisseur aux personnages secondaires. Ça signifie aussi que Carrie doit partager sa propre série avec beaucoup plus de monde.
Même quand on possède des pouvoirs télékinétiques, il faut apprendre à partager.
🏠 6. Carrie White survit. Oui, ça change légèrement la fin
On gardait évidemment la plus grosse pour la fin.
Dans le film de De Palma, Carrie rentre chez elle après le massacre, affronte Margaret, tue sa mère avec ses pouvoirs puis provoque l’effondrement de la maison. Carrie meurt avec elle.
La série prend une autre route.
Carrie survit. Emaline vient la chercher et l’emmène vers une destination inconnue, tandis que le récit ouvre clairement la possibilité d’une histoire après le bal.
Autrement dit, chez De Palma, le bal mène à une tragédie sans retour.
Chez Flanagan, le bal pourrait n’être que le début.
Ce n’est d’ailleurs pas totalement inédit : le téléfilm Carrie de 2002 avait déjà laissé son héroïne en vie dans l’espoir de poursuivre son histoire.
Carrie White est décidément la seule personne à qui Hollywood refuse catégoriquement de laisser une soirée de promo tranquille.
🎬 Et visuellement, De Palma et Flanagan ne jouent pas au même jeu
On pourrait comparer uniquement les scénarios, mais ce serait passer à côté de la moitié du plaisir.
Le Carrie de 1976 est du Brian De Palma pur jus : ralentis, mouvements de caméra, compositions presque religieuses, longues montées de tension et ce fameux écran partagé pendant le massacre. Le réalisateur transforme le bal en morceau de bravoure formel.
Flanagan travaille avec une autre durée et une autre structure. Sa série multiplie les personnages et les points de vue, mais réutilise aussi certains procédés narratifs du roman de King, notamment les témoignages et les regards rétrospectifs sur la catastrophe, largement réduits chez De Palma.
Voilà l’un des petits pièges de notre jeu : tout ce qui paraît nouveau ne l’est pas forcément.
Parfois, Flanagan ne s’éloigne pas de Stephen King. Il revient vers lui.
🔎 Et aussi… on en a trouvé quelques-unes derrière le canapé
Le père de Carrie occupe une place beaucoup plus importante dans l’histoire familiale de la série. Ralph White (interprété par Tahmoh Penikett) vient juste de mourir, alors que dans le film il a disparu depuis longtemps.
Chris Hargensen dispose elle aussi de davantage de temps à l’écran et d’armes de harcèlement dont Nancy Allen pouvait difficilement disposer en 1976. Instagram n’était pas très performant sur les téléphones à cadran.
Margaret connaît un destin différent, et la série suggère également qu’elle possède elle-même des capacités psychiques, notamment lors de l’effondrement de la maison.
La série multiplie aussi les passerelles vers un univers surnaturel plus vaste, là où De Palma racontait avant tout la tragédie d’une seule adolescente.
Ah, et Mark Hamill apparaît sous les traits d’un faux voyant dans l’épisode 6. Là, on n’a trouvé aucun équivalent chez De Palma. Étrange.

Carrie, série créée par Mike Flanagan, avec Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong, Alison Thornton, Amber Midthunder et Matthew Lillard. 8 épisodes, disponibles le 7 octobre 2026 sur Prime Video.



