Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz et Edward Norton s’installent autour d’une table pour parler couple, désir et frustrations. Autant dire qu’au moment du dessert, personne ne demande vraiment qui veut reprendre du tiramisu.
Joe rentre du boulot fatigué, mal au dos et déjà passablement énervé. Angela, sa femme, lui rappelle qu’ils reçoivent leurs voisins du dessus à dîner. Elle assure l’avoir prévenu. Lui assure que non. Il a oublié le vin et n’avait de toute façon aucune envie de les voir. La soirée s’annonce formidable.
Les fameux voisins, ce sont Piña et Hawk, alias Penélope Cruz et Edward Norton. Angela et Joe les connaissent peu, mais connaissent en revanche assez bien leur vie sexuelle, celle-ci traversant régulièrement le plafond avec une acoustique digne d’un concert à Bercy.
Joe voudrait surtout leur demander de faire moins de bruit. Il va être servi. Car Piña et Hawk ne sont pas seulement venus dîner : ils finissent par révéler qu’ils couchent régulièrement avec d’autres partenaires… et proposent à Angela et Joe de se joindre à eux.
Voilà. Quelqu’un veut encore du vin ?
Seth Rogen n’avait déjà aucune envie d’être là
La meilleure idée de L’Invitation, c’est que le dîner ne déraille pas : il commence déjà déraillé.
Angela et Joe vont mal avant même que les voisins sonnent. Lui enseigne la musique dans un boulot qu’il déteste et semble avoir développé une allergie assez sévère au bonheur ; elle étouffe dans une vie conjugale qui ne lui ressemble plus vraiment. Ils s’aiment probablement encore, mais ils ont surtout atteint ce stade merveilleux du couple où une bouteille de vin oubliée peut soudain devenir le procès des quinze dernières années.
Et Seth Rogen est parfait là-dedans. Joe est grincheux, sarcastique, passif-agressif, parfois franchement pénible. Mais Rogen lui laisse constamment une petite fissure derrière la mauvaise humeur : ce type n’est pas seulement énervé contre ses voisins, sa femme ou son dos. Il est surtout énervé contre la vie qu’il s’est fabriquée. Bon courage pour l’apéro.
Penélope Cruz vient mettre les pieds dans le mariage
En face, Piña et Hawk semblent avoir tout ce qu’Angela et Joe ont perdu. Ils se touchent. Ils parlent. Ils rient. Ils couchent ensemble. Et pas uniquement ensemble, les coquins.
Penélope Cruz s’amuse énormément avec Piña, sexologue très à l’aise avec des sujets que ses hôtes auraient préféré laisser soigneusement enfermés dans un tiroir. Elle n’a même pas besoin de provoquer : il lui suffit de parler normalement pour que chaque phrase ressemble à une grenade posée entre les assiettes.
Edward Norton, lui, joue Hawk avec cette décontraction insupportable des gens qui semblent avoir résolu leur existence pendant que toi tu cherches encore ton mot de passe Netflix.
Face à eux, Angela et Joe commencent forcément à (se) comparer. Très mauvaise idée. Parce que leur mariage ressemble soudain à un meuble Ikea monté il y a quinze ans dont personne n’ose plus resserrer les vis.
Le sexe à quatre ? Finalement, c’est presque le problème le plus simple
C’est là que L’Invitation est plus malin que son pitch. Parce qu’au fond, on se fiche presque de savoir si Angela et Joe vont sexer avec leurs voisins.
La proposition fait surtout exploser tout le reste : le désir disparu, les ambitions abandonnées, les frustrations, les petites rancœurs et cette terrible question que personne n’a envie de poser après plusieurs années de mariage : est-ce que tu me désires encore ?
Et pire : est-ce que moi, je me désire encore ?
Olivia Wilde évite heureusement de transformer Piña et Hawk en gourous du couple moderne venus enseigner la vie aux pauvres monogames dépressifs. Eux aussi ont leurs fissures.
Personne n’a trouvé la formule. Certains couples cachent leurs problèmes derrière la routine, d’autres derrière la liberté. Même combat, meilleur vin.
Oui, ça ressemble parfois beaucoup à une pièce de théâtre
Normal : ça en vient directement.
L’Invitation adapte le film espagnol Sentimental, lui-même tiré de la pièce Los vecinos de arriba de Cesc Gay. Quatre personnages, un appartement, beaucoup de dialogues et des bombes conjugales qui circulent autour de la table : l’ADN théâtral est impossible à manquer.
Au début, Olivia Wilde en fait même un peu trop pour nous rappeler qu’elle est derrière la caméra. Cadres travaillés, mouvements, reflets… Oui Olivia, on t’a vue.
Mais dès qu’elle se calme et laisse simplement jouer son quatuor, le film devient beaucoup plus savoureux. Avec Rogen, Wilde, Cruz et Norton dans la même pièce, inutile de faire des saltos avec la caméra.
Pose-la, ouvre une bouteille. Et regarde les mariages brûler.
Quatre acteurs et beaucoup de dégâts
C’est évidemment là que le film gagne la partie. Rogen est excellent dans le malaise, Cruz possède une énergie folle, Norton réussit à être drôle simplement en regardant quelqu’un et Olivia Wilde garde pour Angela quelque chose de plus fragile.
Car Angela ne cherche pas simplement une aventure. Elle se demande surtout à quel moment elle a cessé d’être la femme qu’elle pensait devenir.
Et soudain, sous les vannes, le film devient assez triste. Parce que Joe et Angela ne se détestent pas, ce serait beaucoup plus facile. Ils se connaissent trop bien, se blessent très bien et semblent encore s’aimer suffisamment pour que tout ça fasse mal.
Finalement, coucher avec les voisins paraît presque reposant.
Alors, on reste pour le dessert ?
Oui.
L’Invitation n’invente rien de révolutionnaire sur le couple et conserve parfois un petit côté théâtre filmé, mais ses quatre acteurs sont suffisamment bons pour transformer un dîner en champ de mines.
C’est drôle, méchant, gênant, parfois touchant, et surtout beaucoup plus efficace lorsqu’Olivia Wilde arrête de vouloir faire joli et laisse simplement ses personnages se massacrer poliment.
Et le film réussit même son dernier petit coup bas : on entre pour regarder Seth Rogen passer une soirée épouvantable et on ressort en se demandant vaguement si tout va bien dans notre propre couple.
Merci. On voulait juste du tiramisu.
😬 A24, ça va bien en ce moment ?
On commence à se poser la question. Après The Drama, où Zendaya et Robert Pattinson transformaient la semaine précédant leur mariage en gigantesque crise existentielle, A24 remet une pièce dans la machine à malaise avec L’Invitation.
Visiblement, en 2026, le studio a décidé que regarder des couples heureux était beaucoup moins amusant que les enfermer dans une pièce et attendre que quelqu’un dise exactement ce qu’il ne fallait pas dire.
On ne va pas se plaindre. Entre un mariage qui implose avant la cérémonie et un dîner entre voisins qui se transforme en contrôle technique de quinze ans de vie commune, A24 semble avoir trouvé son nouveau monstre : la conversation de couple.
Pas besoin de démon, pas besoin de tueur. Juste quatre adultes, du vin et une question qui commence par : « Puisqu’on en parle… »

🎬 L’Invitation
Titre original : The Invite
Réalisation : Olivia Wilde
Scénario : Rashida Jones et Will McCormack, d’après Sentimental de Cesc Gay
Avec : Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz, Edward Norton
Genre : comédie dramatique
Durée : 1 h 47
Sortie : 16 septembre 2026
⭐ Le verdict ScreenHub
★★★½☆
Un dîner, quatre excellents acteurs et suffisamment de frustrations pour alimenter trois saisons de Couples Therapy. L’Invitation est une comédie conjugale drôle, cruelle et délicieusement gênante, portée par un Seth Rogen parfaitement mal luné et une Penélope Cruz qui pourrait déclencher une crise de couple simplement en demandant de lui passer le sel.


