Jason Momoa peint en vert. 50 Cent avec des gants de boxe. Des catcheurs, un chanteur country masqué et le souvenir encore vivace de Jean-Claude Van Damme en Guile. Street Fighter retente sa chance sur grand écran (sortie le 14 octobre). C’est osé, mais on a envie d’y croire.
On aimerait beaucoup assister aux réunions de casting de Street Fighter. Andrew Koji en Ryu, Noah Centineo en Ken, Callina Liang en Chun-Li : très bien, tout va bien.
Puis quelqu’un a proposé Jason Momoa en Blanka, 50 Cent en Balrog, Roman Reigns en Akuma, Cody Rhodes en Guile et Orville Peck en Vega. Et, manifestement, personne dans la pièce n’a prononcé le mot « stop ».
Quelque part dans ce processus, David Dastmalchian est également devenu M. Bison. Sur le papier, ça ressemble à quelqu’un qui aurait renversé une boîte de figurines Capcom, un roster de catch et une playlist Spotify sur la même table.
Ça commence à nous plaire (oui, on est naïfs).
🥊 Commençons par l’éléphant vert dans la pièce
Jason Momoa en Blanka.
La phrase devrait suffire à inquiéter. Sauf qu’en regardant les premières images, on découvre qu’ils ont vraiment fait Blanka : il est vert, énorme, sauvage et produit de l’électricité.
Personne n’a tenté de le transformer en ancien militaire traumatisé prénommé Robert qui aurait développé une mystérieuse affection cutanée après une expérience secrète de la CIA.
Une envie sauvage
Encore mieux : Aquaman aurait pratiquement réclamé le rôle. Takayuki Nakayama, réalisateur de Street Fighter 6 et producteur du film, raconte que l’acteur n’a pas vraiment attendu qu’on lui propose Blanka pour faire comprendre qu’il voulait être Blanka.
On imaginait une décision marketing prise autour d’un tableau Excel, on découvre surtout un Jason Momoa qui avait très envie de devenir un gros bonhomme vert électrique. Difficile de lui reprocher son enthousiasme.
🎤 50 Cent en Balrog. Oui, cette phrase existe
Même surprise avec Curtis « 50 Cent » Jackson. Le choix ressemble d’abord au genre de casting destiné à provoquer quinze millions de réactions sur Instagram. Sauf que Balrog n’est pas un personnage choisi au hasard par le rappeur : 50 Cent a expliqué qu’il représentait pour lui le premier personnage noir qu’il avait utilisé dans un jeu vidéo.
Orville Peck entretient lui aussi un rapport personnel avec Vega. Plusieurs membres de cette distribution improbable semblent donc avoir grandi avec les personnages qu’ils jouent.
On croyait qu’ils avaient casté Street Fighter après une soirée très arrosée. En fait, une bonne partie des invités avait déjà demandé à venir.
💀 Bon, on doit quand même parler de Jean-Claude
Impossible d’approcher un nouveau Street Fighter sans apercevoir au loin Jean-Claude Van Damme en uniforme de Guile.
Le film de 1994 possède aujourd’hui le charme merveilleux des objets qui ont suffisamment mal vieilli pour devenir attachants. Van Damme dirige les forces alliées, Kylie Minogue joue Cammy et le regretté et génial Raúl Juliá (La Famille Addams) transforme M. Bison en monument de cabotinage impérial.
Tout n’était d’ailleurs pas absurde dans cette joyeuse pagaille, mais l’adaptation avait pris une décision révélatrice : s’éloigner du simple tournoi et d’une bonne partie de la folie surnaturelle du jeu pour construire quelque chose qui ressemblait davantage à un film d’action et de guerre.
Trente-deux ans plus tard, la nouvelle équipe semble avoir choisi une stratégie nettement moins compliquée : faire Street Fighter.
🕹️ 1993, et pas juste pour mettre des bornes d’arcade partout
L’histoire se déroule en 1993, au moment où Street Fighter II règne sur les salles d’arcade. Ryu et Ken, anciens partenaires désormais brouillés, sont ramenés dans le circuit par Chun-Li pour participer au World Warrior Tournament.
Le tournoi revient donc, les Hadoukens avec lui, et personne ne semble particulièrement gêné par l’idée.
Nakayama a participé au scénario et suivi la production avec une envie assez claire : retrouver l’énergie de Street Fighter II, prendre les combats au sérieux tout en conservant l’humour et le côté franchement excessif de cet univers. Son conseil aux spectateurs pourrait presque servir de slogan au film : ne réfléchissez pas trop, prenez du popcorn.
Pour une adaptation de Street Fighter, on a entendu pire profession de foi.
👊 Et apparemment, ils savent quand même se battre
Derrière le carnaval, il y a du boulot. Andrew Koji et Noah Centineo ont passé plusieurs semaines à préparer ensemble Ryu et Ken, avec des journées comprenant des heures d’arts martiaux et d’entraînement physique. Koji a notamment travaillé le karaté Shotokan, le judo, le jiu-jitsu et le kick-boxing pour construire Ryu.
Même David Dastmalchian a pris M. Bison étonnamment au sérieux. L’acteur s’est intéressé aux dictateurs et aux chefs de secte pour comprendre comment un homme pareil pouvait convaincre des gens de le suivre. Sa playlist de préparation allait de Nine Inch Nails à Nick Cave.
C’est beaucoup de travail psychologique pour un monsieur qui finit régulièrement par traverser l’écran en criant « Psycho Crusher ». Mais bon, on apprécie l’effort.
🎮 Et si Hollywood avait enfin compris le truc ?
Pendant longtemps, adapter un jeu vidéo semblait demander une opération assez étrange : acheter une licence célèbre puis essayer de faire oublier qu’on avait acheté une licence célèbre. Les jeux de baston rendent l’exercice encore plus casse-gueule, puisqu’il faut trouver quelque chose à raconter entre deux personnages qui se frappent très fort. Mortal Kombat connaît bien le problème.
Ce Street Fighter ne paraît pas particulièrement embarrassé par son matériau d’origine. Le tournoi revient, Blanka reste vert et personne ne semble chercher une thèse de physique quantique pour justifier un Hadoken. Mine de rien, ça fait du bien.
🔥 Alors, daube annoncée ou Hadoken surprise ?
Évidemment, Jason Momoa peut adorer Blanka de tout son cœur et le film finir quand même en accident industriel. Aligner les costumes, les coups spéciaux et les références pendant deux heures pourrait aussi produire un magnifique catalogue Capcom à 15 euros la place. Quant au réalisateur Kitao Sakurai, venu notamment de Bad Trip et de l’univers d’Eric André, il ajoute encore une petite dose d’imprévisibilité à l’ensemble.
Reste cette impression assez sympathique que les gens derrière le film ont compris ce qu’ils avaient entre les mains et, surtout, qu’ils ont envie de jouer avec.
Après trente ans d’essais plus ou moins heureux, la meilleure idée de ce nouveau Street Fighter pourrait finalement tenir en quelques mots : aimer suffisamment le jeu pour accepter de peindre Jason Momoa en vert.
📺 Et la bande-annonce, elle dit quoi ?
Ça ne fait pas dans la dentelle. On retrouve l’ambiance 90s, le tournoi, des arènes qui sentent bon la borne d’arcade et surtout des combattants qui utilisent réellement leurs coups spéciaux. Blanka balance de l’électricité, Ryu sort le Hadoken…
Visuellement aussi, le film semble avoir choisi son camp. Des couleurs franches, des éclairages très néon, des costumes qui claquent et une image qui ne cherche pas à rendre tout ce petit monde gris, sombre et vaguement réaliste. C’est voyant, limite kitsch, donc complètement Street Fighter.
Le ton paraît également assez barré. Kitao Sakurai vient de la comédie, et ça se sent dans les poses et dialogues volontairement excessifs. Le film semble vouloir s’amuser avec le ridicule potentiel de Street Fighter plutôt que passer deux heures à essayer de le camoufler.
Reste évidemment le piège : une bande-annonce de deux minutes remplie de couleurs, de mandales et de clins d’œil peut être un joli cache-misère. Mais au moins, pour l’instant, personne n’a oublié de sélectionner le mode Arcade.
🎬 Street Fighter : la fiche technique
Réalisation : Kitao Sakurai
Avec : Andrew Koji, Noah Centineo, Callina Liang, Jason Momoa, 50 Cent, David Dastmalchian, Roman Reigns, Cody Rhodes, Orville Peck…
D’après : la franchise Street Fighter de Capcom
Genre : action, arts martiaux
Production : Legendary Pictures, Capcom
Distribution : Paramount Pictures
Sortie en France : 14 octobre 2026



