Quand une machine à cash, à gifs et à citations cultes dort depuis vingt ans, quelqu’un finit toujours par la réveiller avec une décharge de nostalgie.
Le Diable s’habille en Prada 2 arrive en salles le 30 avril 2026, avec le carré VIP du premier film de retour à bord : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci. Ils sont rejoints à nouveau par le réalisateur David Frankel et la scénariste Aline Brosh McKenna.
🎬 Le grand retour de la terreur en talons
En clair, le studio n’a pas juste ressorti le logo du placard : il a aussi rappelé les adultes qui savaient le faire fonctionner.
Et il faut reconnaître un détail essentiel : on n’est pas face à une suite bricolée sur un coin de table avec trois répliques recyclées et un caméo vaguement dépressif (en parlant de caméos ratés, c’est ici).
Le cœur du casting est là, Kenneth Branagh rejoint l’ensemble dans le rôle du mari de Miranda Priestly, et le film veut reconnecter le premier opus à un vrai nouveau contexte : l’effondrement de la presse papier, la dépendance aux annonceurs, la guerre du luxe, la mutation du média de mode en bête de contenu.
Pour une fois, la suite a au moins l’air d’avoir trouvé autre chose à raconter que “souvenez-vous quand Meryl Streep était glaciale ?”. Oui, on s’en souvient. On en a même encore des frissons.
👠 Pourquoi on a franchement envie d’y aller
✅ Premier argument, et il est massif comme un manteau de créateur hors budget : le casting original revient presque au complet.
Dans l’économie affective du spectateur, c’est décisif.
Le Diable s’habille en Prada n’était pas seulement une satire légère sur la mode ; c’était une alchimie. Meryl Streep transformait Miranda Priestly en ogresse hiératique d’une précision chirurgicale; Emily Blunt envoyait des lames de rasoir avec un sourire poli; Stanley Tucci apportait l’humanité sophistiquée qui empêchait le film de devenir purement clinique; et Anne Hathaway servait de point d’entrée idéal pour les non-initiés, c’est-à-dire 98 % de l’humanité qui ne possèdent pas de vestiaire “croisière à Capri”.
Les revoir ensemble, ce n’est pas rien : c’est la promesse de retrouver la musique intérieure du premier film.
✅ Deuxième bon point : le sujet du film 2 semble plus pertinent aujourd’hui que celui du premier ne l’était en 2006.
À l’époque, le film jouait la comédie de mœurs fashion avec un fond de récit initiatique. Aujourd’hui, il peut parler d’un monde réellement en crise : la presse traditionnelle vacille, le pouvoir éditorial s’est déplacé, le luxe gouverne par le partenariat, et les anciens temples culturels doivent quémander l’attention qu’ils distribuaient autrefois comme des indulgences papales.
Voir Miranda Priestly se battre non plus seulement pour son prestige, mais pour la survie de Runway, c’est une vraie idée dramatique. La reine n’est plus seulement cruelle : elle est menacée. Et une tyranne fragilisée, c’est toujours un meilleur personnage qu’une tyranne en pilotage automatique.
✅ Troisième raison d’être curieux : le retour d’Andy Sachs dans l’univers de Runway n’est pas vendu comme un simple reset nostalgique.
Selon Vogue, Andy revient après des années passées dans le journalisme d’investigation, et elle doit se redéfinir “professionnellement et émotionnellement”. Autrement dit, le film peut enfin traiter ce que le premier contournait : que reste-t-il d’une héroïne quand elle a quitté le système, grandi, bossé, et qu’elle doit néanmoins revenir dans l’antre de la prêtresse qui l’a broyée ?
C’est beaucoup plus intéressant qu’un banal “elle remet des bottes et tout recommence”. Le personnage peut revenir avec une colonne vertébrale. Enfin, on l’espère. Hollywood a déjà fait croire à des choses plus invraisemblables, comme l’utilité des multivers.
✅ Et puis il y a Emily. Le vrai génie potentiel de cette suite est peut-être là.
Le pitch le plus solide annoncé jusqu’ici met Miranda face à Emily Charlton, ex-assistante martyrisée devenue patronne d’une marque de luxe capable de tenir Runway en vie grâce à ses budgets.
Là, tout devient délicieux : la disciple humiliée a désormais le chéquier, la survivante a muté en force de marché, et la cruauté du premier film peut revenir sous forme de revanche institutionnelle. C’est presque du Shakespeare en Louboutin.
Pour rappel, Le Diable s’habille en Prada 1 c’était ça (oui, bon, c’était il y a 20 ans…)
💄 Pourquoi on a aussi de très bonnes raisons de s’en méfier
❌ Maintenant, retirons deux secondes les lunettes de soleil de l’enthousiasme.
Le premier film était très sympa, oui. Mais il était aussi profondément ambigu dans ce qu’il racontait du travail.
Avec le temps, beaucoup ont revu Le Diable s’habille en Prada comme un film qui glamourisait la brutalité managériale, le culte du sacrifice, la disponibilité totale, le fantasme du “big break” qui justifierait humiliation, précarité et abus psychologiques.
Harper’s Bazaar résumait très bien ce vieillissement : le film a contribué à romantiser une culture du « hustle » sans frontières, bien avant qu’on sache appeler ça un environnement toxique.
Le danger du 2 est simple : soit il affronte cette lecture moderne, soit il fait mine de ne rien avoir entendu.
❌ Et là, catastrophe possible. Si la suite se contente de nous dire “Miranda est terrible mais quelle queen”, elle ratera complètement le moment culturel.
En 2026, vendre la tyrannie chic comme une marque d’excellence, c’est moins sulfureux que daté. Le public a changé. Les discours sur le travail, le pouvoir, la santé mentale et les hiérarchies ont changé.
On peut encore aimer Miranda comme personnage, bien sûr. On n’est pas obligés de vouloir bruncher avec elle. Mais le film doit comprendre la différence entre fascination cinématographique et validation morale.
❌ Autre réserve : le syndrome de la suite patrimoniale.
Vous connaissez la formule. On ressort un classique pop, on remet les acteurs dans les couloirs familiers, on saupoudre de jolies tenues, et tout le monde applaudit avant même d’avoir vérifié s’il y avait un scénario sous le trench.
Le premier Devil Wears Prada a rapporté 124,7 millions de dollars en Amérique du Nord et plus de 326 millions dans le monde, donc il y a évidemment une logique industrielle derrière ce retour.
Rien de scandaleux à cela ; c’est le cinéma commercial. Mais il ne faut pas confondre désir du public et réflexe comptable du studio. Le parfum de l’événement ne garantit pas la coupe du vêtement.
❌ Il y a aussi un léger motif d’inquiétude créative :
cette suite ne semble pas adapter directement le roman Revenge Wears Prada, mais raconter une histoire originale.
Cela peut être une force, parce que le film n’est pas prisonnier d’une suite littéraire qui ne correspondrait pas à sa mythologie propre. Mais ça veut aussi dire qu’il n’a pas de garde-fou narratif extérieur.
Il faudra que le film tienne par sa propre intelligence, et pas seulement par la mémoire affective de ses spectateurs. En d’autres termes : pas question de venir avec des escarpins, un thème musical familier et deux punchlines en espérant que ça suffise à faire un acte III.
👜 Boycott, vraiment ?
Le mot “boycott” me semble un peu fort pour le sujet, sauf révélation majeure d’ici la sortie. Pour l’instant, il n’y a pas de scandale attaché au film qui justifierait une posture militante.
En revanche, il y a tout à fait matière à snober élégamment le projet si vous détestez la logique de la suite tardive, si le recyclage des IP vous sort par les yeux, ou si le premier film vous agace précisément pour son ambiguïté sur la violence au travail. On peut dire “non merci” sans transformer l’achat d’une place de cinéma en sommet de l’ONU.
À l’inverse, si vous aimez la pop culture quand elle croise le commentaire social, si vous avez envie de revoir ces personnages dans un monde qui a changé, et si l’idée d’un duel entre Miranda, Andy et Emily version capitalisme tardif vous amuse, alors oui, il y a des raisons très sérieuses d’y aller.
Et pas seulement pour admirer les silhouettes. Même si, soyons honnêtes, admirer les silhouettes reste un projet intellectuel tout à fait défendable.

✨ Verdict : on y va, mais en gardant un œil sur l’ourlet
Mon verdict est donc assez clair : oui, on a envie d’aller voir Le Diable s’habille en Prada 2. Pas en rampant de dévotion devant l’autel de la nostalgie, mais avec une curiosité réelle.
Si elle se contente de remettre Miranda dans un bureau en espérant que l’intonation de Meryl fasse tout le boulot, alors ce sera très exactement ce que le cinéma de franchise produit quand il confond héritage et pressing. Chic, mais vide.
En résumé : ce n’est pas un boycott, c’est un test. On n’achète pas encore le tailleur les yeux fermés, mais on entre volontiers dans la cabine d’essayage.
⚠️ 3 questions honnêtes :
Est-ce qu’on a vraiment envie de revoir Andy ?
Oui, mais pas si elle revient comme en 2006 avec son pull bleu et son air perdu (spoiler : ça n’est pas le cas). Personne ne veut revoir une héroïne congelée dans la naphtaline. En revanche, une Andy plus adulte, plus solide, capable de regarder Miranda dans les yeux sans trembler ? Là, on achète immédiatement le billet.
Le public de 20 ans connaît-il même le premier film ?
Pas forcément en entier, mais culturellement oui. Beaucoup n’ont évidemment jamais lancé le DVD, mais connaissent déjà Miranda via TikTok, memes et extraits recyclés mille fois. En gros, ils n’ont pas vu le musée, mais ils connaissent la Joconde.
Peut-on voir le 2 si l’on n’a pas vu le 1 ?
Oui, probablement… mais ce sera un peu comme arriver à un mariage sans connaître les mariés. Tu comprendras qui crie sur qui, qui déteste qui, et pourquoi tout le monde est très bien habillé, mais il te manquera l’historique des blessures émotionnelles. Le film sera sans doute regardable seul, parce qu’Hollywood adore les suites pensées pour les retardataires.
Mais sans le premier, tu perdras les regards lourds de passé, les piques savoureuses et tout le plaisir de revoir Miranda traumatiser élégamment son entourage. En résumé : oui, tu peux venir directement au 2… mais le 1 reste le meilleur dress code.
📌 Le Diable s’habille en Prada 2
Sortie cinéma : 30 avril 2026
Studio : 20th Century Studios
Réalisateur : David Frankel
Scénario : Aline Brosh McKenna
Casting confirmé : Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt, Stanley Tucci, Kenneth Branagh, plus plusieurs nouveaux venus
Pitch annoncé : Miranda Priestly tente de sauver Runway dans un paysage médiatique bouleversé ; Andy revient dans l’orbite du magazine ; Emily est désormais un poids lourd du luxe susceptible de changer la partie.


