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Lizzie Borden sur Netflix : trop gore, trop malaisant, trop inventé… alors pourquoi on n’arrive pas à décrocher ?

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Du sang, du sexe, du vomi, Sarah Paulson, une hache et une quantité de fluides corporels qu’on n’avait pas demandé à voir : Netflix transforme Lizzie Borden en grand huit gore de huit épisodes. C’est vulgaire, fascinant, parfois grotesque. Et le pire, c’est qu’on n’arrive pas à décider si c’est brillant ou complètement débile.

Il y a des séries qu’on recommande avec enthousiasme. D’autres qu’on déconseille avec conviction. Et puis il y a Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden. Là, on aurait plutôt envie de dire : « Regarde. Mais ne viens pas te plaindre après. »

Parce que Netflix n’a pas fait dans la dentelle. La célèbre affaire Lizzie Borden devient ici un carnaval macabre où les cadavres côtoient le sexe, les hallucinations, les litres de sang et une scène de gastro-entérite familiale qui restera peut-être comme l’un des moments où la télévision aurait pu détourner la caméra. Elle ne l’a pas fait. Elle a même zoomé.

🪓 Lizzie Borden avait une hache. Netflix aussi

Retour en 1892. Lizzie Borden, incarnée par Ella Beatty, vit à Fall River avec son père Andrew (Charlie Hunnam), sa belle-mère Abby (Rebecca Hall) et la domestique Bridget Sullivan, dite Maggie (Vicky Krieps). Puis Andrew et Abby sont retrouvés massacrés.

Dans la véritable affaire, Lizzie fut accusée puis acquittée. Le double meurtre n’a jamais été élucidé. La série, elle, n’a pas envie d’attendre le verdict : sa Lizzie tue.

À partir de là, elle construit moins une enquête historique qu’un énorme fantasme autour de cette jeune femme devenue icône macabre. Relation sexuelle avec Maggie, manipulations, violence, autres crimes : la série prend le dossier Borden, conserve quelques pièces et remplit les trous avec ce qui l’arrange. Ça donne une fiction très efficace. Pour un cours d’histoire, prévoyez autre chose.

🤢 À un moment, tout le monde vomit. Voilà où nous en sommes

Il faut parler de la scène. Dans le deuxième épisode, Lizzie et Maggie tentent d’empoisonner Andrew et Abby avec des huîtres. Et quand on dit que ça se passe mal…

Ils vomissent. Ils défèquent. Ils continuent à vomir. Et pas qu’un peu : de véritables geysers. La caméra reste.

Le réalisateur Max Winkler a expliqué avoir pensé la séquence comme une sorte de fontaine de Las Vegas et s’être inspiré de Triangle of Sadness pour travailler les projections. Nous sommes donc face à une scène de diarrhée avec une direction artistique.

Et bizarrement, elle résume toute la série. Lizzie Borden ne veut jamais simplement suggérer quelque chose. Elle veut nous le jeter au visage, vérifier qu’on l’a bien reçu, puis en remettre une louche. C’est parfois hilarant, parfois insupportable. Souvent les deux.

🔥 Ella Beatty est complètement flippante. Et c’est un compliment

Au milieu de ce cirque, Ella Beatty tient tout debout. Sa Lizzie peut sembler fragile, enfantine, séduisante puis glaçante sans que la série ait besoin de sortir un panneau « ATTENTION : PSYCHOPATHE ». Elle possède ce regard qui donne envie de lui demander si tout va bien tout en reculant vers la porte.

Face à elle, Vicky Krieps apporte à Maggie une énergie plus brute. Leur relation devient l’un des moteurs de la saison : désir, fascination, pouvoir, violence. Ce n’est pas de l’Histoire — aucune preuve n’établit une relation sexuelle entre Lizzie Borden et Bridget Sullivan — mais à l’écran, le duo fonctionne.

Et puis il y a Charlie Hunnam et Rebecca Hall, transformés en parents Borden tellement dysfonctionnels qu’un repas de famille ressemble déjà au début d’un interrogatoire. Tout le monde semble avoir compris le projet : si la série veut devenir folle, autant ne pas rester sagement dans son coin.

🩸 Le problème, c’est qu’à force de hurler, on entend moins ce qu’elle raconte

Parce qu’il y a bien quelque chose derrière les hectolitres de faux sang. La série veut parler de rage féminine, de femmes enfermées dans leur époque, de violence, de désir et de la fascination collective pour celles que la société transforme ensuite en monstres.

D’où les détours par Elizabeth Báthory et surtout Aileen Wuornos, tueuse en série incarnée magistralement par Sarah Paulson. L’idée consiste à créer une sorte de fil rouge entre plusieurs femmes devenues des figures monstrueuses de l’imaginaire collectif. Sur le papier, il y a matière.

À l’écran, la série s’amuse parfois tellement avec ses propres excès qu’elle finit par marcher sur son propos avec ses chaussures pleines de sang. Après le quatrième meurtre, la troisième hallucination et le douzième liquide corporel, on ne se demande plus forcément ce que la série raconte sur la fabrication des monstres. On se demande surtout ce qu’ils vont encore nous balancer dessus.

🤡 Brillante ou complètement débile ?

Et c’est là que Lizzie Borden devient difficile à juger. C’est trop long ? Par moments. Trop gore ? Évidemment. Historiquement douteux ? Dès qu’elle quitte les faits établis, elle fonce dans la fiction avec la délicatesse d’une hache dans une porte.

Mais c’est aussi gonflé, beau, drôle, répugnant et porté par des acteurs qui semblent prendre un plaisir fou à participer au carnage. Surtout, la série possède quelque chose que beaucoup de productions Netflix perdent en route : une personnalité. On peut la détester, mais impossible de la confondre avec la série suivante.

🪓 Alors, on a aimé Lizzie Borden ?

Voilà le problème : on croit que oui. Enfin… peut-être.

On a passé huit épisodes à lever les yeux au ciel, grimacer, rire à des trucs qui ne devraient probablement pas nous faire rire et regarder certaines scènes entre deux doigts. Et deux jours plus tard, on en parle encore.

Alors que tant de séries propres, élégantes et parfaitement oubliables disparaissent de notre cerveau avant même que Netflix lance automatiquement l’épisode suivant, Lizzie Borden laisse une trace. Une grosse trace rouge sur le tapis.

On ne sait toujours pas si c’est brillant ou complètement débile. Mais au moins, quelqu’un devra venir nettoyer.

👹 Mais au fait, Lizzie Borden, c’est quel Monstre ?

🎬 Fiche technique

Titre : Monstre : L’Histoire de Lizzie Borden
Titre original : Monster: The Lizzie Borden Story
Création : Ian Brennan
Avec : Ella Beatty, Vicky Krieps, Charlie Hunnam, Rebecca Hall, Sarah Paulson
Format : 8 épisodes
Genre : drame criminel, horreur, comédie noire
Diffusion : Netflix

⭐ Le verdict ScreenHub

★★★½☆

Une série gore, grotesque, fascinante et parfois épuisante, portée par une Ella Beatty formidable et une envie de choquer qui finit presque par devenir son principal défaut. On ne sait toujours pas si on a adoré, mais on sait qu’on a regardé jusqu’au bout. Et sans manger d’huîtres.

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