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Peaky Blinders : L’Immortel — Tommy Shelby ou l’art de ne jamais crever

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(même quand le scénario insiste lourdement)

Il y a deux types de personnages : ceux qui meurent, et ceux qui refusent de lire le script jusqu’au bout. Tommy Shelby appartient à la deuxième catégorie, celle des types qui regardent la Mort droit dans les yeux, lui allument une clope, et lui demandent si elle a cinq minutes pour discuter business.

Quand Peaky Blinders s’est terminé, beaucoup ont cru assister à une conclusion. Erreur de débutant. Tommy Shelby n’est pas du genre à raccrocher la casquette pour aller cultiver des tomates bio dans le Warwickshire. Ce n’était pas une fin, c’était un faux départ, une pause cigarette narrative, le temps de revenir avec un film produit par Netflix et un titre qui annonce la couleur avec la subtilité d’un coup de pelle : L’Immortel.

On aurait pu lever les yeux au ciel en mode “encore un revival de plus”, coincé quelque part entre la nostalgie opportuniste et le fan service sous perfusion, mais il faut reconnaître une chose : quand Tommy Shelby revient, ce n’est jamais pour faire de la figuration.


Tommy Shelby, toujours vivant… malheureusement pour ses ennemis (et ses psy)

On retrouve donc Cillian Murphy dans un état proche d’un lendemain de rave party à Ibiza. Plus creusé, plus spectral, plus habité aussi — ce qui, dans le cas de Tommy, signifie surtout qu’il transporte désormais suffisamment de fantômes pour ouvrir un Airbnb paranormal.

Le film ne perd pas de temps à faire semblant : Tommy Shelby n’est plus vraiment un homme, c’est une anomalie historique, un type qui aurait dû disparaître depuis longtemps mais qui continue d’avancer par pure obstination, comme si la mort elle-même avait fini par se dire : “franchement, laisse tomber, il est relou”.

Ce qui frappe immédiatement : le bonhomme a encore gagné en silence, et donc en présence. Là où d’autres acteurs auraient besoin de monologues de cinq minutes pour exister, Murphy te plie une scène avec un regard et une gorgée de whisky, ce qui est à la fois fascinant et légèrement inquiétant pour tous les gens qui pensent encore que parler sert à quelque chose.


Un film qui comprend enfin qu’il faut arrêter de faire durer les regards pendant 12 minutes (enfin… presque)

La première bonne surprise de L’Immortel, c’est qu’il assume son format cinéma, ce qui change immédiatement le rythme. Et évite l’effet “six épisodes de regards intenses et de complots politiques incompréhensibles impliquant trois fascistes, deux députés et un type louche qui parle en latin. »

Le récit est plus tendu, plus resserré, et même si la série avait déjà un sens aigu de la mise en scène, le film pousse le curseur vers quelque chose de plus tragique, presque fataliste, comme si tout le monde savait déjà que ça allait mal finir mais que personne n’avait envie de quitter la salle avant le générique.


Le vrai sujet : quand le monde devient encore pire que toi

Autre chose que L’Immortel réussit particulièrement bien, c’est de comprendre que le vrai conflit n’est plus entre gangs ou entre individus, mais entre une époque et un homme qui n’est plus adapté. Vive l’obsolescence.

Tommy Shelby était un prédateur dans un monde chaotique, un stratège dans un univers où la violence avait encore un visage identifiable, mais ici, le décor change et devient plus glaçant : le pouvoir se bureaucratise, la brutalité s’institutionnalise (pas facile à dire), et les monstres n’ont même plus besoin de se salir les mains.

Autrement dit, Tommy Shelby se retrouve face à quelque chose de pire que lui : un système. Et là, forcément, ça coince, parce qu’on peut négocier avec (ou buter, encore plus simple) un ennemi, mais c’est beaucoup plus compliqué de négocier avec une époque entière qui vous explique poliment que vous êtes devenu un bug.


Toujours aussi stylé… au point de donner envie de fumer en 4K HDR

Soyons clairs : si Peaky Blinders était une personne, ce serait ce type insupportablement classe qui arrive en soirée sans prévenir, pique toute l’attention, et repart sans dire au revoir.

Le film continue de jouer sur cette esthétique ultra léchée, mélange improbable entre clip rock, défilé de mode et western industriel, avec une utilisation toujours aussi assumée de la musique, comme si Nick Cave avait décidé de sponsoriser chaque émotion du film.

C’est parfois excessif, souvent gratuit, et pourtant ça fonctionne. Parce que Peaky Blinders n’a jamais cherché à être réaliste, mais à être iconique, ce qui est une toute autre discipline, quelque part entre le cinéma et la fresque mythologique sous nicotine.


Le casting tourne autour d’un trou noir nommé Tommy Shelby

Sans trop en dire, L’Immortel joue intelligemment avec son casting. Certains visages reviennent — parfois là où on ne les attend pas — et d’autres prennent le relais. Mais soyons honnêtes : tout gravite autour de Cillian Murphy. Les autres existent, lui hante.

Et c’est peut-être la limite du film : il est incapable de se détacher de son personnage principal. Là où la série avait commencé à élargir son univers (Arthur, Ada, Michael…), le film recentre tout sur Tommy.

Résultat : c’est puissant, mais aussi un peu étouffant. La mythologie Peaky Blinders refuse d’exister sans lui. Un peu comme une entreprise qui dépendrait entièrement de son patron… surtout quand ce boss est un sociopathe en costume trois-pièces.


Le vrai défaut : cette incapacité chronique à dire stop

Parce que oui, il y a un autre problème, et il est assez évident : L’Immortel ne sait pas complètement s’arrêter.

On sent une hésitation permanente entre la volonté de conclure et celle de garder une porte ouverte, au cas où il resterait encore quelques billets à imprimer avec des casquettes et des slow motions, ce qui donne une fin à la fois satisfaisante et frustrante, un peu comme un resto qui te sert un dessert incroyable mais refuse de te dire si la cuisine est fermée.

Et c’est dommage, parce que Peaky Blinders aurait probablement gagné en puissance avec une conclusion plus tranchée à coups de lames, plus brutale, plus définitive, quelque chose à la hauteur de sa propre légende plutôt qu’un entre-deux légèrement opportuniste.


Mais alors, ça vaut le coup ou pas ?

Oui. Mille fois oui.

Est-ce que Peaky Blinders : L’Immortel est nécessaire ? Absolument pas. Est-ce que c’est un problème ? Absolument pas non plus.

Parce que ce film fonctionne exactement comme son personnage principal : il n’existe pas parce qu’il le faut, mais parce qu’il refuse de ne pas exister, ce qui est à la fois profondément absurde et totalement fascinant. Waouh, ça ne veut rien dire, pardon.

Ce n’est pas une révolution, ce n’est pas une conclusion parfaite, mais c’est une extension logique d’un univers qui a toujours préféré le style à la modestie et la tragédie à la retenue, et dans un paysage audiovisuel souvent aseptisé, c’est un acte de résistance.

Au final, L’Immortel est une clope de trop, celle qu’on sait qu’on ne devrait pas fumer mais qu’on allume quand même, parce que l’instant est trop beau pour être raisonnable.

Et comme dirait Tommy Shelby — ou n’importe quel spectateur un peu honnête — on sait très bien que ça ne sera pas la dernière.

🧨 Résumé du film (spoilers, mais pas tout non plus)

Début des années 40, en pleine Seconde Guerre mondiale, Tommy Shelby a pris ses distances avec le crime organisé pour évoluer dans les sphères politiques et économiques liées à l’effort de guerre.

Son équilibre fragile vole en éclats lorsqu’un nouveau réseau de pouvoir — mêlant industriels, politiciens et services secrets — cherche à récupérer ses circuits et à le neutraliser.

En parallèle, il porte le poids de la mort d’Arthur, qu’il a lui-même provoquée (oups !) pour protéger la famille, une décision qui le hante tout au long du film.

Son fils, désormais adolescent, découvre progressivement l’héritage Shelby et se retrouve entraîné dans ce jeu de pouvoir qu’il ne maîtrise pas encore.

Face à un adversaire moderne et insaisissable, Tommy tente de reprendre le contrôle, mais comprend que les règles ont changé.

🎬 Fiche technique

Titre original : Peaky Blinders: The Immortal Man
Titre français : Peaky Blinders : L’Immortel
Réalisation : Tom Harper
Scénario : Steven Knight
Production : Caryn Mandabach Productions / BBC Film
Distribution : Netflix

Casting principal :

  • Cillian Murphy — Tommy Shelby
  • Barry Keoghan — Duke Shelby (le fils de Tommy)
  • Rebecca Ferguson — Kaulo Chiriklo
  • Tim Roth — John Beckett
  • Sophie Rundle — Ada Thorne
  • Stephen Graham — Hayden Stagg
  • Genre : Drame / crime / historique
    Pays : Royaume-Uni
    Langue : Anglais
    Durée : 112 minutes

Date de sortie :
Cinéma : 6 mars 2026
Netflix : 20 mars 2026

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