Après quatre ans d’absence, Euphoria revient sur HBO avec des ambitions plus “adultes”. Sur le papier, tout évolue. À l’écran, pas tant que ça.
Aaaah, quatre ans d’attente… Un saut dans le temps, un casting devenu tellement bankable qu’il pourrait ouvrir une holding, et toujours cette promesse : du malaise, du glitter, de la sueur, de la drogue. Et des très gros plans sur des gens qui vont très mal dans des très belles lumières.
Pas de doute, Euphoria est bien de retour. Génial ! Ah non, pas sûr en fait. Parce qu’au bout d’un moment, les crises existentielles filmées comme des pubs de parfum, ça va bien cinq minutes. Alors, on zappe ou on mate ? On vous dit ça dans 2 minutes (ok, 5).
📺 Le pitch
Cette troisième saison d’Euphoria abandonne enfin le lycée, ce qui était devenu urgent puisque les acteurs ressemblent moins à des terminales qu’à des gens qui paient déjà des impôts. La série fait un bond de plusieurs années et retrouve Rue, Jules, Cassie, Nate, Maddy, Lexi et les autres à l’entrée de l’âge adulte.
Ou plutôt à l’entrée d’un tunnel où l’âge adulte ressemble à un mélange de fentanyl, de sexe tarifé, d’OnlyFans et de rêves crevés. HBO présente toujours la série comme le parcours d’un groupe d’amis confrontés à la foi, à la rédemption et au mal, dans un monde saturé de trauma, de désir et de chaos. Ambiance.
Le créateur Sam Levinson a voulu faire quelque chose de plus adulte, plus linéaire, avec davantage de dialogues et un ton moins frénétique. Il a aussi déplacé l’univers musical de la série : moins de morceaux pop qui tombent comme des uppercuts, plus de souffle “grand western hollywoodien”, avec Hans Zimmer aux côtés de Labrinth.
Sur le papier, pourquoi pas. Dans les faits, cela donne une saison qui cherche sa nouvelle peau tout en gardant ses vieux tics d’ado provoc sous acide.

✅ Les arguments pour
Zendaya reste la patronne absolue du malaise
C’est peut-être le point le moins discutable de toute la saison : Zendaya est encore énorme. Même les critiques les plus tièdes ou carrément hostiles s’accordent là-dessus.
Que la série soit brillante, creuse ou au bord du burn-out créatif, elle, elle tient debout. Sa Rue continue d’être l’épicentre émotionnel du show, avec ce mélange d’épuisement, de nervosité, de lucidité cassée et de flottement suicidaire qui fait qu’on ne peut jamais totalement décrocher. Quand elle est à l’écran, Euphoria se rappelle qu’elle sait encore être grande.
Visuellement, c’est toujours un piège très efficace
On pourra dire tout ce qu’on veut sur Sam Levinson — et on va le faire, rassurez-vous — mais il sait fabriquer de l’image qui colle au cerveau.
HBO met même en avant le fait que la saison 3 a été tournée sur nouvelle pellicule Kodak en 35 mm et 65 mm, une première d’ampleur pour une série narrative. Oui, c’est parfois très “regardez comme c’est beau quand les gens souffrent”, mais c’est beau quand même.
C’est un peu le problème de Euphoria depuis le début : on voudrait la rembarrer, puis elle arrive avec une lumière, un cadre, une texture, un plan qui semble peint au mascara tragique. Et on replonge.
Le passage à l’âge adulte n’est pas idiot
Au fond, sortir du lycée était la seule solution viable. Certains excès paraissent moins absurdes — ou moins gênants — maintenant que les personnages sont officiellement adultes.
Le show n’est plus obligé de faire semblant que des intrigues de cartel, de porno amateur, de sugar daddies et de business immobilier véreux arrivent à des lycéens entre deux contrôles de maths. Il y a un léger mieux, disons. Pas un miracle, mais un mieux.
Certaines actrices retrouvent du vrai carburant
Sydney Sweeney, en particulier, reste une créature fascinante dans cet univers. Même quand Cassie ressemble à un concept TikTok élevé au red bull, elle arrive à lui donner quelque chose.
Euphoria continue de tirer de Sweeney l’un de ses meilleurs jobs. Exactement comme la série reste l’un des terrains les plus forts pour Zendaya. Autrement dit : le show est peut-être en train de se caricaturer lui-même, mais il sait encore servir d’arène aux actrices.
❌ Les arguments contre
C’est souvent la fanfiction de sa propre légende
C’est le reproche qui revient le plus : la saison est divertissante, oui, mais elle flotte.
On retrouve les codes, les silhouettes, les néons, les regards creux, les scènes choc, les ralentis, les corps filmés comme des autels publicitaires… mais sans la base dramatique qui tenait vaguement la machine dans les deux premières saisons.
Avant, l’excès servait à grossir l’émotion adolescente. Maintenant, l’excès sert parfois juste à faire du Euphoria.
Le show est toujours tiraillé entre provocation et exploitation
C’est LA vieille question, et elle n’a pas disparu avec l’âge des personnages. Euphoria est-elle vraiment provocatrice, ou seulement exploitante avec suffisamment de style pour faire illusion ?
La saison 3 continue de commenter l’exploitation des corps, tout en la filmant avec une gourmandise suspecte. Elle critique la sexualisation tout en en vivant. Elle semble dénoncer certaines logiques de marché tout en transformant ses personnages en vitrines sexy, tristes et monétisables.
Bref, c’est toujours la série qui veut brûler le système tout en demandant si l’angle lumière est assez flatteur.
Le versant “branding / influence” est lourdement appuyé
Vive les placements de produits. Même sans faire un inventaire de logos comme un huissier, la saison donne clairement l’impression d’être saturée de plateformes, de signes de luxe, de lifestyle, d’influence et de vitrine numérique.
Tout est brandé, marketé, monétisé, packagé (n’est-ce pas Sydney Sweeney ?). Le propos, certes, est probablement là : l’Amérique transforme tout en produit. Très bien.
Sauf qu’à force d’insister, la série finit par ressembler elle-même à ce qu’elle dénonce : un grand showroom anxieux, vaguement sponsorisé par le désespoir.
Tout le monde n’a pas la même importance, et ça se voit
Rue a une vraie trajectoire. Cassie a du matériau. Nate continue d’exister parce qu’il est Nate, c’est-à-dire une machine à concentrer le malaise.
Mais d’autres personnages donnent parfois l’impression d’être restés coincés dans la salle d’attente de l’écriture. Jules est sous-employée pendant une bonne partie de la saison, Lexi est reléguée, Maddy flotte, et l’ensemble peine parfois à recoller tout ce petit monde dans une même série.
C’est le paradoxe du grand cast devenu immense : tout le monde est là, mais tout le monde n’a plus vraiment de place.

🧪 Verdict : on mate… mais c’est la dernière fois
Oui, on regarde. Parce que malgré ses défauts, Euphoria reste un spectacle. Parce que Zendaya. Parce que visuellement, la série sait encore faire de la télé de luxe qui se prend pour du cinéma maudit.
Parce qu’il y a encore des scènes, des idées, des moments où tout se recolle brièvement et où on se dit : ah oui, c’est pour ça qu’on s’était infligé tout ce mascara existentiel.
Mais franchement, c’est la dernière fois (ça tombe bien, a priori il n’y a pas d’autre saison au programme). Parce que la formule tourne en rond. Parce qu’au bout d’un moment, l’hyper-esthétisation du vide ressemble à une appli qui ne fait que reloader la même angoisse.
On mate, oui. On admire parfois. On soupire souvent. Et on espère ensuite que tout le monde aille faire autre chose.
🤯 3 questions qui fâchent
- Est-ce que cette série a déjà montré un plafond normal, une lampe Ikea ou un mur peint en blanc cassé sans que ça ressemble à un manifeste esthétique ?
Probablement non. Dans Euphoria, même une cuisine semble avoir été éclairée par un directeur artistique sorti d’un clip de FKA twigs après trois nuits sans sommeil. - Si Rue commandait un café, est-ce qu’elle transformerait quand même ça en monologue sur le mal, Dieu et la décomposition de l’âme américaine ?
Oui. Et le barista finirait probablement en larmes, filmé en très gros plan, avec un reflet violet dans l’œil et Hans Zimmer au loin. - À quel moment HBO lance-t-il la bougie parfumée “ado en crise, cuir neuf et eyeliner humide” ?
Franchement, on n’est plus si loin. Et le pire, c’est qu’on connaît tous au moins une personne qui l’achèterait “pour la blague”.
📌 Euphoria, saison 3
Création : Sam Levinson
Diffusion : HBO / HBO Max
Format : 8 épisodes
Casting principal : Zendaya, Hunter Schafer, Sydney Sweeney, Jacob Elordi, Alexa Demie, Maude Apatow, Martha Kelly, Chloe Cherry, Colman Domingo
Particularité : saison tournée en 35 mm et 65 mm, avec un saut temporel hors du lycée et une musique enrichie par Hans Zimmer aux côtés de Labrinth.


