Bandi transforme le « survival familial » en terrain miné. Pas toujours maîtrisée, mais rarement anodine, la série impose surtout un regard qu’on ne voit jamais sur Netflix.
Sous ses airs de polar tropical, Bandi n’est pas la petite série “soleil + trafic + gros plans sérieux” qu’on lance en pliant du linge.
C’est plus rugueux, plus ambitieux, plus bordélique aussi : un mélange de saga familiale, de survie sociale et de crime organisé qui avance parfois comme une fusée, parfois comme un scooter sans essence.
🧭 Pitch rapide
Après la mort brutale de leur mère, les 11 enfants Lafleur, âgés de 7 à 23 ans, tentent de rester ensemble en Martinique pour éviter le placement des plus jeunes.
Problème : entre ceux qui veulent s’en sortir “proprement” et ceux qui voient dans le deal une solution express, l’unité familiale tourne vite au Koh-Lanta criminel. Au centre du jeu, Kylian, 16 ans, déjà actif dans l’ombre sous le nom de Milord.
La série est créée par Éric et Capucine Rochant, avec Djody Grimeau, Rodney Dijon, Ambre Bozza, Cédric Camille, Amah Fofana et Hay-Lee-Jah Caloc.
✅ Ce qui marche
La grande force de Bandi, c’est d’abord son territoire.
La Martinique n’est pas filmée comme une carte postale pour agence de voyage, mais comme un espace vivant, social, tendu. Magnifique et piégeux à la fois.
La série a été tournée avec beaucoup d’acteurs locaux, souvent débutants, et ça donne une texture rare : on sent un monde, pas un décor. Rien que pour ça, Bandi échappe au cliché “polar français qui transpire la salle de réunion”.
L’autre bon choix, c’est d’avoir mis la fratrie au cœur du moteur dramatique.
Quand Bandi se concentre sur les tensions entre Kylian, le stratège glacial, et Kingsley, plus impulsif et plus freestyle, la série devient vraiment prenante.
On pense parfois à Shameless pour l’énergie de survie, parfois à Top Boy pour la mécanique criminelle, mais avec une identité plus familiale, plus antillaise, plus nerveuse dans les affects.
Et puis il y a ce petit supplément de présence brute.
Djody Grimeau tient bien son Kylian/Milord. Presque trop calme pour son âge, ce qui lui donne un côté “caïd en mode silencieux, option devoirs à rendre demain”.
La série montre surtout une chose simple : le crime, ici, n’est pas un fantasme cool à la Scarface, mais une réponse sale à une impasse sociale encore plus sale.
❌ Ce qui coince
Maintenant, soyons honnêtes : Bandi a aussi les défauts de ses qualités.
Le pari du casting local et peu expérimenté est beau sur le papier, mais il se voit parfois beaucoup trop à l’écran. Certaines scènes du début sonnent un peu raides, comme si tout le monde venait d’apprendre qu’il y avait des caméras et qu’il fallait faire “série Netflix” très fort avec les sourcils.
Le vrai regret, c’est que la série promet une grande saga familiale…
… et retombe régulièrement dans un cours accéléré de narcotrafic pour débutants.
À force de business plans de coin de table, de menaces, de combines et de types louches qui parlent comme des PowerPoint de la peur, Bandi perd parfois ce qui la rendait singulière : la fraternité, le deuil, la débrouille, la cuisine affective du chaos.
Et il y a ce problème de rythme.
Huit épisodes d’environ une heure, c’est généreux. Ou disons : c’est généreux comme un resto qui te sert trois kilos de riz quand tu demandais juste un accompagnement.
Certaines séquences s’étirent, l’action arrive par à-coups, et le montage manque parfois du nerf qu’un sujet pareil réclame.
On sent le potentiel premium, mais pas toujours la précision premium.
⚖️ Verdict ScreenHub
Alors, est-ce qu’il faut regarder Bandi ?
Oui — mais pas en espérant Le Bureau des légendes sous les palmiers.
Il faut y aller pour son cadre, sa proposition, sa colère sociale, son regard sur une fratrie qui se débat avec des règles du jeu truquées dès le départ.
En revanche, si vous cherchez une mécanique de thriller parfaitement huilée, vous risquez de passer quelques épisodes à regarder la montre comme si elle vous devait de l’argent.
Bandi est un objet imparfait, mais nettement moins interchangeable que 80 % du rayon “crime + algorithme + grisaille”.
À sa sortie, elle a d’ailleurs pris la tête de Netflix France avant d’apparaître dans le Top 10 mondial non anglophone de Netflix.
🎲 Fun fact
Patrick Trieste, alias le rappeur martiniquais Evil P, fait partie des visages locaux propulsés dans la série pour leurs débuts à l’écran. Oui, Bandi a casté du vrai terrain plutôt que du faux vécu en location.
🤬 3 questions qui fâchent
1. Le drone offert à Kylian, c’est un cadeau d’anniversaire ou une arme de destruction narrative ?
Franchement, un ado déjà à deux réunions d’être Pablo Escobar junior n’avait pas besoin d’un gadget volant. C’est comme offrir un sabre laser à Dark Vador à 14 ans.
2. La tante Régine ferait-elle passer Cersei Lannister pour une nounou Montessori ?
Disons qu’en matière d’accueil des enfants, on n’est pas sur l’énergie Bluey.
On est plus sur “venez chez moi, j’ai des règles, de la pression et probablement zéro goûter”.
3. Combien de conseils de famille faut-il pour fabriquer un cartel artisanal ?
Apparemment, moins qu’il n’en faut pour monter une SARL. C’est le côté tragique de Bandi : dans ce monde-là, l’illégal paraît parfois plus accessible que l’ascenseur social.

📇 Bandi
Plateforme : Netflix
Création : Éric Rochant, Capucine Rochant
Réalisation : Éric Rochant, Mathilde Vallet, Jimmy Laporal-Trésor
Pays / cadre : France, Martinique
Format : 1 saison, 8 épisodes
Durée : environ 60 min par épisode
Genre : drame criminel, polar familial
Mise en ligne : 9 avril 2026
Casting principal : Djody Grimeau, Rodney Dijon, Ambre Bozza, Cédric Camille, Amah Fofana, Hay-Lee-Jah Caloc, Kahela Borval, Jonathan Zaccaï, Patrick Trieste
Classification : TV-MA


