A force de vendre le film d’Alejandro G. Iñárritu comme le couronnement artistique de sa star, Hollywood a peut-être oublié un petit détail : donner envie au public d’aller le voir. Et le réveil au box-office fait très mal.
Bon, cette fois, Digger creuse vraiment profond. Sauf qu’il n’a pas trouvé de pétrole. Moins de 40 millions de dollars récoltés dans le monde au 14 octobre pour un film dont le budget officiel atteint 125 millions, et que plusieurs médias estiment en réalité bien plus cher. On laissera les projections de pertes aux spécialistes, mais le constat est implacable : c’est un énorme flop.
Le plus cruel, c’est que Digger n’est pas un navet. On lui avait mis un honnête 3/5 : Tom Cruise y est plutôt bon (bien que très agaçant), Emmanuel Lubezki lui offre des images magnifiques et Iñárritu tente quelque chose de franchement plus étrange que le blockbuster hollywoodien moyen. Seulement, depuis sa promotion jusqu’à certaines scènes du film, une impression nous poursuit : tout le monde voulait tellement nous convaincre que Cruise livrait LA performance de sa carrière qu’on avait presque envie de chercher la statuette cachée derrière l’écran.
🏆 Tom Cruise, bientôt un Oscar près de chez vous
Il faut revoir l’une des premières grosses vidéos promotionnelles de Digger. Plutôt que de commencer par le film, Warner Bros. déroule la carrière de Tom Cruise : Risky Business, Top Gun, Jerry Maguire, Mission: Impossible… Puis arrive cette formule : « Tout ce que vous avez été, tout ce que vous avez accompli vous a conduit ici. » Ici, donc chez Digger.
Vanity Fair relevait déjà en septembre 2026 que le montage ressemblait davantage à l’hommage diffusé lors d’une remise de prix pour l’ensemble d’une carrière qu’à une bande-annonce classique. Avant même de découvrir le film, on nous annonçait déjà le couronnement.

Cruise a effectivement une histoire à régler avec les Oscars. Trois nominations comme acteur, pour Né un 4 juillet, Jerry Maguire et Magnolia, aucune victoire. Il a bien reçu un Oscar d’honneur en 2025, mais la petite statuette du meilleur acteur manque toujours à son étagère.
Alors Digger coche beaucoup de cases. Une immense star transformée physiquement, un personnage grotesque et bedonnant à mille kilomètres d’Ethan Hunt, un réalisateur déjà couvert d’Oscars, des grandes tirades… Et cette campagne qui semble nous prendre par les épaules : REGARDEZ COMME TOM CRUISE JOUE BIEN. Oui. C’est sûr.
🎭 Le pire ? Tom Cruise est vraiment bon
Cruise n’avait pourtant pas besoin qu’on surligne sa performance au Stabilo.
Dans Digger, il accepte enfin de redevenir bizarre. Il abandonne le héros inoxydable de Mission: Impossible, s’enlaidit, devient pathétique, inquiétant, parfois franchement ridicule. Par instants, on retrouve le Cruise de Magnolia ou même son goût du grotesque de Tonnerre sous les tropiques. Celui qui prend le risque qu’on se moque de lui. Puis Iñárritu sort le mégaphone.

Le meilleur exemple reste ce très long monologue, proche des dix minutes, où le film s’arrête pour laisser son acteur occuper tout l’espace. Cruise assure. Évidemment. Mais la scène ressemble tellement à un morceau de bravoure taillé pour la saison des prix qu’elle finit par produire l’effet inverse.
📣 Et si le marketing avait vendu le mauvais film ?
Car derrière cette machine à consécration se cache un objet franchement difficile à vendre.
Digger est une satire politique sombre, grotesque, parfois absurde, tournée en VistaVision, avec un magnat du pétrole monstrueux au centre d’un univers gris et malade. Pas exactement Top Gun: Maverick 2.
Pourtant, une bonne partie de la campagne s’est concentrée sur Tom Cruise événement, Tom Cruise transformé, Tom Cruise acteur. Le film passait presque derrière.
Les spectateurs venus chercher le Cruise spectaculaire pouvaient se demander ce qu’on leur avait servi ; ceux susceptibles d’aimer une grosse satire politique signée Iñárritu n’avaient pas forcément besoin qu’on leur vende la quête de respectabilité artistique d’une superstar.
Tout le monde a beaucoup parlé de Tom Cruise. Beaucoup moins de gens ont acheté un billet.
💥 Un bide, mais pas un enterrement
Il serait dommage que les chiffres enterrent complètement le film. Digger reste une proposition hollywoodienne assez dingue : donner énormément d’argent à Iñárritu pour tourner une satire aussi peu aimable avec l’une des dernières vraies superstars mondiales relève presque de l’anomalie industrielle.
Et contrairement à ce que son box-office pourrait laisser croire, ceux qui l’ont vu ne le détestent pas tous. La réception critique reste divisée et plusieurs cinéastes ou acteurs ont publiquement défendu le film.
Il n’empêche, pendant des mois, Hollywood nous a expliqué que Digger était peut-être le grand moment d’acteur de Tom Cruise. Le public a répondu : super, mais ce sera sans nous.
💸 Digger : le bide en chiffres
Budget officiel : 125 millions de dollars
Budget estimé par plusieurs médias : jusqu’à 160-180 millions
Marketing estimé : environ 100 millions
Premier week-end aux États-Unis : 8 millions
Box-office mondial au 14 octobre 2026 : environ 36-37 millions
France : 165 038 entrées en première semaine
Pertes potentielles : au moins 150 millions de dollars selon certaines estimations, avec des projections allant jusqu’à 245 millions
Les budgets réels et les pertes définitives ne sont pas publics. Warner Bros. conteste notamment les estimations situant le coût de production entre 160 et 180 millions de dollars.
Sources
Los Angeles Times, Vanity Fair, Variety, Box Office Mojo, The Numbers, AlloCiné, Rotten Tomatoes.
🎬 Digger : la fiche technique
Titre : Digger
Réalisation : Alejandro González Iñárritu
Scénario : Alejandro González Iñárritu, Nicolás Giacobone, Alexander Dinelaris et Sabina Berman
Avec : Tom Cruise, Riz Ahmed, Sandra Hüller, John Goodman, Jesse Plemons, Michael Stuhlbarg, Emma D’Arcy, Sophie Wilde
Photographie : Emmanuel Lubezki
Genre : comédie noire, satire apocalyptique
Distribution : Warner Bros. Pictures
Sortie en France : 30 septembre 2026



