Un milliardaire américain, des cheveux discutables, un ego monumental et la conviction d’être l’homme dont le monde a besoin. Depuis les premières images de Digger, un rapprochement nous démange. Alors on a mené l’enquête, avec tout le sérieux que mérite cette histoire de coiffure.
Tom Cruise a déjà plaidé non coupable : Digger Rockwell, son personnage dans le nouveau film d’Alejandro González Iñárritu, ne serait inspiré de personne en particulier.
Merci Tom, on veut bien le croire. Mais on va quand même vérifier par nous-même. Regardons juste le bonhomme.
Un magnat vieillissant, une chevelure qui demande quelques explications, une confiance en soi peu encombrée par le doute et cette manière d’occuper l’espace comme si quelqu’un venait de lui céder les droits d’exploitation de l’atmosphère… forcément, Donald Trump nous a traversé l’esprit.
Alors, pure coïncidence ou cousinage discret ? On a sorti la loupe.
🕵️ Pièce n°1 : évidemment, les cheveux
Ceux de Digger Rockwell sont gris, clairsemés, soigneusement arrangés et semblent avoir développé leur propre stratégie de communication. Ce ne sont pas ceux de Donald Trump, mais on ne serait pas surpris d’apprendre qu’ils fréquentent le même groupe WhatsApp.
Cruise a subi une lourde transformation pour le rôle : prothèses, silhouette épaissie, vieillissement, nouvelle coiffure. De l’Ethan Hunt capable de courir sur le toit d’un train, il ne reste franchement plus grand-chose. Sur ce point au moins, les maquilleurs n’ont pas chômé.

💰 Pièce n°2 : milliardaire, évidemment
Digger Rockwell n’est pas plombier dans l’Ohio. C’est un magnat du pétrole immensément puissant, habitué à ce que le monde tourne à peu près dans le sens qu’il lui indique.
Évidemment, milliardaire américain ne signifie pas automatiquement Donald Trump — sinon Hollywood aurait déjà tourné 800 biopics sans le savoir. Mais entre le pouvoir, l’argent, le goût de la démesure et cette assurance inoxydable, notre dossier commence doucement à prendre du poids.

🌎 Pièce n°3 : ne bougez plus, Digger va nous sauver
C’est sans doute le détail le plus savoureux. Digger participe à la création d’une catastrophe susceptible de mettre l’humanité en danger et se retrouve ensuite avec une idée formidable : Digger va sauver l’humanité.
On sent rarement cet homme paralysé par le syndrome de l’imposteur.

Le personnage pousse surtout une figure devenue familière ces dernières années : celle du milliardaire providentiel, tellement habitué à réussir qu’il finit par considérer sa fortune comme un diplôme universel. Entreprise, technologie, géopolitique, climat… pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Il reste probablement un petit créneau jeudi matin pour sauver la planète.
Trump vient forcément à l’esprit, mais il n’a clairement pas le monopole du genre.
📢 Pièce n°4 : raconter sa propre histoire
Digger semble aussi beaucoup s’amuser avec la communication, l’image publique et la manière dont les puissants façonnent leur propre récit. Rockwell veut agir, certes, mais il tient aussi beaucoup à la façon dont tout cela sera raconté.
Bonjour Donald.
Sauf que, là encore, Iñárritu ratisse manifestement plus large. Politiciens, grands patrons, milliardaires de la tech, célébrités : notre époque ne manque pas de gens très occupés à construire le récit de leur propre grandeur. Digger semble simplement avoir pris quelques options supplémentaires.
🛢️ Mais aussi…
Le pétrole, déjà. Digger Rockwell est un magnat pétrolier et son forage au Groenland déclenche la catastrophe qui lance le film. Difficile de ne pas entendre au loin le fameux « Drill, baby, drill » remis au goût du jour par Donald Trump. Ce n’est pas une référence revendiquée par Iñárritu, soyons clairs. Mais pour notre enquête capillaire, ça fait quand même une jolie pièce supplémentaire au dossier.
🇺🇸 Alors, Donald Digger ou pas ?
Tom Cruise a été clair : Digger n’est basé sur aucune personne précise. Et il faut toujours croire Tom Cruise. Un autre détail calme un peu notre magnifique théorie : le film possède déjà son président des États-Unis, incarné par John Goodman (cf encadré).

On peut donc ranger le tableau en liège et les ficelles rouges.
Digger ressemble plutôt à un cocktail de milliardaire américain contemporain, avec une dose de patron, du showman, une bonne louche de sauveur autoproclamé et une quantité peu raisonnable d’ego. Donald Trump fait partie des visages auxquels on peut penser ; Elon Musk peut également traverser la conversation, avec quelques autres messieurs possédant davantage de sociétés que nous de paires de chaussettes.
Malgré tout, si vous regardez Digger pendant trente secondes et pensez : « Attends, il me rappelle quelqu’un… », vous ne serez manifestement pas les seuls.
Mais on attendra quand-même de voir Digger danser sur YMCA avant de convoquer le FBI.
Bon… ok… quelques détails qui mettent le doute :
Et si on s’était trompés de Trump ? Voilà qui complique notre magnifique enquête : certains observateurs voient surtout l’influence de l’ère Trump dans… le président américain joué par John Goodman. Un président vieillissant, sous oxygène, que le film ne semble pas traiter avec une immense révérence. D’autres y voient même un mélange de Trump et Biden.
Ce qui nous ramène finalement au point de départ : Iñárritu semble moins jouer au jeu du « trouvez quelle célébrité se cache derrière Digger » que balancer dans son shaker les milliardaires, les présidents, les pétroliers, les sauveurs autoproclamés et quelques décennies de pouvoir américain.
Donald est peut-être dans le cocktail. Mais manifestement, il n’est pas tout seul. Damned !
🎬 Digger : la fiche technique
Titre : Digger
Réalisation : Alejandro González Iñárritu
Scénario : Alejandro González Iñárritu, Nicolás Giacobone, Alexander Dinelaris et Sabina Berman
Avec : Tom Cruise, Riz Ahmed, Sandra Hüller, John Goodman, Jesse Plemons, Michael Stuhlbarg, Emma D’Arcy, Sophie Wilde
Photographie : Emmanuel Lubezki
Genre : comédie noire, satire apocalyptique
Distribution : Warner Bros. Pictures
Sortie en France : 30 septembre 2026



