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Rick et Morty : le guide (presque) complet des habitants du multivers foutraque

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De Rick C-137 à Evil Morty, en passant par M. Meeseeks et Birdperson — portrait de groupe d’une série qui a peuplé l’animation d’une galerie de personnages aussi brillants qu’irréparables.

Il y a des séries qui ont des personnages. Et il y a Rick et Morty, qui a un univers entier peuplé de créatures, d’alter egos, de génies fous, de traîtres intergalactiques, d’entités collectives romantiques. Et d’une créature jaune et fine qui s’appelle M. Boîte-à-Caca, l’ami de toujours de la famille Smith. En treize ans d’existence, la série de Dan Harmon a construit une galerie de personnages riche, reconnaissable entre mille et philosophiquement… chargée. Et tout ça avec des rots.

Revue de troupes.

🧪 Rick Sanchez (C-137) — Le génie le plus abîmé de la galaxie

Crédit HBO Max

C’est le personnage central, la boussole tordue autour de laquelle tout gravite, et probablement l’une des constructions psychologiques les plus complexes jamais déployées dans un dessin animé diffusé après 23h. Rick Sanchez, dimension C-137, est officiellement décrit comme un « génie mégalomane alcoolique au comportement nihiliste et destructeur ». Ce qui est rigoureusement exact, et totalement incomplet.

Car Rick est aussi, en dessous de toutes ces couches de cynisme et d’alcool de contrebande, un homme brisé par un deuil fondateur. Son histoire, révélée au fil des saisons, est une tragédie à la grecque : un autre Rick — appelé Rick Prime — a un jour proposé à Rick C-137 de lui partager la technologie des portails interdimensionnels. Refus. En guise de représailles, Rick Prime a envoyé une bombe dans sa dimension et tué sa femme Diane et sa fille Beth. C’est cet événement qui a tout déclenché : Rick a inventé sa propre technologie de portail, non par génie désintéressé, mais pour traquer le meurtrier de sa famille à travers le multivers infini. Sa vie entière est structurée autour de cette vengeance. Ses rots, sa négligence, sa philosophie du « rien ne compte » — tout ça, c’est une armure.

Et la grande cruauté narrative de la série, c’est que Rick Prime, pour punir C-137 de le traquer, a utilisé un dispositif pour effacer Diane de toutes les réalités existantes. Pas seulement dans une dimension : dans chacune d’entre elles. Ce que Rick a perdu, il ne peut même plus le retrouver dans un multivers parallèle. Il n’existe plus nulle part.

Voilà. Maintenant vous comprenez pourquoi il boit.

🧒 Morty Smith — Le souffre-douleur qui grandit (vraiment)

Crédit HBO Max

Le sidekick parfait au sens le plus littéral du terme : Morty Smith, 14 ans, timide, anxieux, doté d’une estime de soi en dessous du niveau de la mer, est l’outil de camouflage idéal pour Rick, dont les ondes cérébrales géniales sont neutralisées par la proximité d’un Morty à l’intellect ordinaire. En gros : Rick l’emmène partout parce que Morty le rend radar-invisible. Belle relation de départ.

Sauf que la série a eu le bon goût de ne pas en rester là. Morty, au fil des saisons, s’est révélé être d’une richesse morale et émotionnelle rare dans l’animation : il est bon, il tient à ses valeurs, il se bat pour ses convictions — et il accumule en silence des traumatismes à un rythme qui devrait inquiéter n’importe quel pédopsychiatre. Il a enterré son propre cadavre à 14 ans. Il a survécu à une simulation de 17 ans. Il a un fils gazorpien qu’il essaie de ne pas rater. Pour un gamin qu’on décrit constamment comme « pas très malin », il porte énormément.

Sa relation avec Rick est le vrai moteur de la série : entre la co-dépendance, l’affection sincère, la manipulation et les rares moments de connexion authentique, c’est l’illustration de ce que peut être une relation toxique qui contient quand même de l’amour.

👩‍⚕️ Beth Smith — La fille de son père (pour le meilleur et pour le pire)

Beth Smith est chirurgienne cardiaque pour chevaux — oui — et fille de Rick, ce qui explique à peu près tout. Elle a hérité de l’intelligence de son père, de son arrogance latente, et de sa tendance à prendre des décisions moralement contestables avec une aisance déconcertante. Elle a aussi hérité de son abandon : Rick est parti quand elle était petite et n’est revenu que bien plus tard, ce qui a laissé des traces qu’elle compense par une façade d’autorité et de compétence.

La série a eu l’audace, à partir de la saison 3, d’introduire Space Beth — un clone de Beth qui est parti vivre des aventures dans l’espace pendant que la « vraie » Beth restait à la maison, sauf qu’on ne sait jamais laquelle est le clone et laquelle est l’originale, et que ça n’a finalement aucune importance parce qu’elles sont toutes les deux parfaitement capables de prendre des décisions terribles.

😬 Jerry Smith — L’homme le plus honnête de la série

Crédit HBO Max

Il faut défendre Jerry. Tout le monde se moque de Jerry. Jerry est le punching-ball officiel de Rick et Morty, le loser cosmique, l’homme qui a failli faire une carrière dans la pub avec un slogan sur les cacahuètes et qui a raté ça aussi. Jerry manque de confiance en lui, il est vaniteux, il cherche l’approbation de tout le monde mais ne l’obtient que rarement.

Et pourtant. Jerry Smith est le seul personnage de la série à ne jamais prétendre être autre chose que ce qu’il est. Il n’a pas de plan secret, pas de double fond, pas d’agenda caché. Dans un show où tout le monde ment, manipule ou dissimule — à commencer par le personnage principal —, Jerry est une anomalie d’authenticité. Il est nul, il le sait, et il continue quand même. Il y a quelque chose de presque héroïque là-dedans. Presque.

😎 Summer Smith — La sur-douée qu’on a longtemps sous-estimée

Crédit HBO Max

Summer Smith, 17 ans, sœur aînée de Morty, a commencé la série comme la « teenager typique obsédée par son statut social ». Ce que la série a progressivement démantelé pour révéler une jeune femme d’une compétence et d’un courage réels, qui n’a simplement pas eu l’occasion de le prouver parce que personne ne lui demandait. Elle a finalement rejoint les aventures à plein temps, et elle se débrouille souvent mieux que Morty — ce qui irrite Rick, et c’est donc forcément positif.

🐦 Birdperson — La tragédie du meilleur ami

Si Rick a une relation sincère avec quelqu’un en dehors de sa famille, c’est Birdperson. Ancien camarade de groupe (le groupe s’appelait The Flesh Curtains, ce qui dit tout sur leur état d’esprit de l’époque), ancien combattant de la résistance contre la Fédération Galactique, confident de Rick depuis des décennies. Birdperson est tout ce que Rick ne s’autorise pas à être : sage, posé, honnête, capable de formuler ce que les autres ressentent.

Son arc narratif est l’un des plus brutaux de la série. Il tombe amoureux de Tammy Gueterman, une humaine qui s’avère être une agente infiltrée de la Fédération Galactique. Elle le tue à leur mariage. Il est ressuscité comme Phoenixperson, cyborg de guerre au service de ses ennemis, avant d’être récupéré et progressivement réparé par Rick. Il découvre ensuite qu’il a eu une fille avec Tammy — Birddaughter — qu’il part chercher et finit par ramener vivre avec lui.

Tout ça pour dire que même l’ami le plus équilibré de Rick a eu une existence calamiteuse. L’entourage de Rick C-137, c’est un peu la liste des dommages collatéraux d’un génie qui ne peut pas s’empêcher d’exister trop fort.

😈 Evil Morty — Le meilleur antagoniste de l’animation depuis des années

Et maintenant, parlons du personnage qui a fait de Rick et Morty quelque chose de plus grand que lui-même. Evil Morty, aussi connu sous le nom de President Morty, Candidate Morty ou Eye-Patch Morty selon le moment où on le croise, est la réponse de la série à une question que personne n’avait vraiment posée : et si Morty se souvenait de tout, comprenait tout, et décidait que ça suffisait ?

Son histoire est un chef-d’œuvre de construction narrative étalé sur plusieurs saisons. À l’origine : un Morty comme les autres, de la dimension 79⊢⊇V, traîné d’aventure en aventre par son Rick, humilié, mis en danger, traité comme un outil. Un jour, il en a eu assez. Méthodiquement, il a conçu un dispositif de contrôle mental, l’a implanté dans le cerveau de son Rick (dissimulé sous un cache-œil), et a commencé à l’utiliser comme marionnette pour faire le ménage.

Il s’est ensuite présenté à la présidence de la Citadelle des Ricks — l’institution interdimensionnelle qui rassemble toutes les versions de Rick — sous l’identité de « Candidate Morty », avec un discours populiste parfaitement calibré. Il a gagné. Puis il a liquidé le Shadow Council. Puis il a utilisé l’infrastructure entière de la Citadelle pour construire un portail et détruire la Central Finite Curve — la barrière que Rick avait créée pour séparer les dimensions où il est le plus intelligent de toutes les autres — afin de s’en échapper définitivement.

Son motif ? Ne plus jamais avoir à dépendre d’un Rick. Ne plus jamais être défini par sa relation à quelqu’un d’autre. Vivre, enfin, dans un univers qui ne soit pas centré sur la suprématie de Rick Sanchez.

Il réside désormais dans son manoir spatial, en dehors de la Curve, en possession des plans de l’Omega Device — une arme capable de tuer quelqu’un dans chaque dimension simultanément. Il a prévenu Rick et Morty : ne le cherchez pas. Pour l’instant, ils obéissent.

📦 M. Meeseeks — L’existentialisme en bleu

« L’existence est une douleur pour un Meeseeks ! » Cette réplique résume à elle seule pourquoi M. Meeseeks est l’un des personnages les plus philosophiquement chargés d’une série qui en compte beaucoup. Créés par une boîte magique pour accomplir une seule tâche précise avant de disparaître, les Meeseeks sont des êtres dont toute l’existence est définie par leur utilité. Lorsqu’ils ne parviennent pas à accomplir leur mission — comme aider Jerry à améliorer son swing au golf, ce qui s’avère horriblement complexe —, ils sombrent progressivement dans la folie.

C’est Waiting for Godot version cartoon, et c’est brillant.

💛 M. Boîte-à-Caca — Le personnage le plus méta de la série

Mr. Poopybutthole est une créature jaune, mince, avec de grands yeux expressifs, et c’est officiellement un ami de toujours de la famille Smith. Sauf que quand il apparaît pour la première fois, ni le spectateur ni Beth ne savent si c’est vrai ou si c’est un parasite alien qui implante de faux souvenirs. Beth lui tire dessus. Il s’avère que c’était vraiment un ami.

Le personnage est une parodie méta des personnages secondaires récurrents de sitcoms, et il a développé au fil des saisons sa propre vie complexe : mariage, enfant, divorce, dépression, reconversion, remise en forme. Il s’adresse au spectateur directement à la fin de certains épisodes. Il est, d’une certaine façon, le seul personnage de la série qui vit vraiment dans le temps réel.

👩‍⚕️ Dr. Wong — La seule adulte dans la pièce

Thérapeute de la famille Smith, Dr. Wong est apparue dans l’épisode le plus sous-estimé de la série (Rickmancing the Stone, saison 3) pour dire à Rick, en face et sans fioritures, ce qu’il est vraiment : un homme qui préfère se réfugier dans le chaos plutôt que d’affronter sa douleur. Sa scène de confrontation avec Rick est un moment fort.

Elle est revenue depuis. Rick continue d’y aller. À contrecœur, avec des rots. Mais il y va.

En résumé

Rick et Morty est une série qui a construit son succès sur un paradoxe : elle prend soin de personnages qu’elle prétend ne pas prendre au sérieux. Derrière la surenchère, les concepts SF vertigineux et l’humour corrosif se cache une série profondément humaniste — ou du moins aussi humaniste qu’on peut l’être quand on met en scène un génie sociopathe qui voyage à travers le multivers avec son petit-fils traumatisé.

La saison 9 débarque sur HBO Max dès le 25 mai. Et maintenant vous savez à qui vous avez affaire.
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