🔥 Couronnes, chaos, wildfire
Après une saison 1 qui avait déjà prouvé qu’à Westeros, la notion de “personnage principal” était à peu près aussi stable qu’un abonnement Twitter Blue, la saison 2 passe à la vitesse supérieure : plus de fronts, plus de manipulations, plus de gens persuadés d’être nés pour régner alors qu’ils gèrent leur royaume comme un open space toxique.
C’est la saison où Tyrion devient, l’air de rien, le seul adulte dans une pièce remplie de bombes à retardement en velours, pendant que Daenerys galère dans le désert, Arya apprend la survie en mode escape game médiéval, et Theon prend les pires décisions depuis l’invention du “reply all”.
❄️ Épisode 1 – “The North Remembers
La saison reprend avec Westeros en mode guerre civile premium. À Port-Réal, Tyrion débarque comme Main du Roi par intérim et découvre qu’il doit gouverner un royaume piloté par Joffrey, c’est-à-dire un mélange entre Caligula, un enfant capricieux et un modérateur de forum sous stéroïdes. Pendant que Cersei joue à la politique de cour version poker menteur, Tyrion comprend vite qu’ici, chaque sourire cache un poignard, un complot ou pire, Littlefinger.
Au Nord, Robb Stark enchaîne les victoires militaires mais reste coincé dans cette éternelle malédiction Stark : être compétent sans être assez vicieux, ce qui à Westeros revient à venir à un combat de pitbulls avec une charte éthique. Il envoie Theon négocier avec Balon Greyjoy, sans voir arriver la catastrophe en marinière.
À Dragonstone, Stannis se proclame roi légitime, soutenu par Melisandre, prêtresse rouge qui a l’air de sortir d’un spin-off gothique de The X-Files. Même Daenerys, perdue dans la Désolation rouge, avance à l’aveugle. Tout le monde veut le trône ; personne n’a visiblement reçu la notice.
🌑 Épisode 2 – “The Night Lands”
L’épisode joue la carte du déplacement stratégique : tout le monde voyage, personne n’arrive au bon endroit émotionnellement.
Tyrion commence à faire le ménage à Port-Réal en virant Janos Slynt, preuve qu’un Lannister peut être utile quand il n’est pas occupé à financer une guerre ou à coucher avec ses problèmes. Il tente aussi de contenir Joffrey, mission aussi réaliste que dresser un cobra avec un tuto.
Au-delà du Mur, Jon découvre chez Craster un modèle familial qui ferait passer les Roy de Succession pour une famille de pub Barilla : les bébés garçons sont littéralement sacrifiés pour ne pas faire de concurrence au patriarche. Charmante ambiance.
Sur Pyke, Theon revient chez lui pour mendier le soutien de son père Balon, qui le traite comme un stagiaire ayant oublié le code d’accès du bâtiment. Sa sœur Yara, elle, comprend immédiatement ce qu’il refuse encore de voir : Theon est devenu trop Stark pour être un Greyjoy, et trop Greyjoy pour rester Stark.
Ailleurs, Arya continue sa cavale avec Gendry et Hot Pie, jusqu’à ce que la violence du royaume les rattrape de plein fouet. Cerise empoisonnée sur le gâteau : Melisandre et Stannis conçoivent une arme littéralement monstrueuse. Oui, la série ose le “sexe + apocalypse”, et ça fonctionne.
🌊 Épisode 3 – “What Is Dead May Never Die”
Voici l’épisode où la série rappelle que la guerre se gagne aussi avec des rumeurs bien placées et des lettres discrètement interceptées.
Tyrion orchestre un petit test de loyauté en racontant trois versions différentes d’un même plan matrimonial à Pycelle, Varys et Littlefinger. Verdict : Pycelle balance tout à Cersei. Tyrion le fait arrêter avec le sourire, comme un DRH qui aurait enfin le droit de dire ce qu’il pense.
De son côté, Catelyn se rend auprès de Renly Baratheon pour négocier une alliance, et découvre un camp militaire qui ressemble moins à une armée qu’à un festival Renaissance sponsorisé par de l’ambition pure. Brienne y brille, renverse Ser Loras et gagne la confiance de Renly : une vraie entrée en scène de légende.
Theon, lui, reçoit le baptême du dieu Noyé et choisit officiellement son camp, c’est-à-dire le mauvais. Toujours.
Pendant ce temps, Arya, prisonnière avec d’autres recrues, sauve trois détenus promis au feu, dont Jaqen H’ghar, sans savoir qu’elle vient d’activer un DLC très dangereux. C’est tout le sel de Game of Thrones : une décision minuscule peut finir en révolution, en massacre ou en les deux.
🌹 Épisode 4 – “Garden of Bones”
Robb Stark remporte une victoire éclatante à Oxcross, et la série lui offre presque un moment de gloire romantique avec Talisa. Presque, parce qu’on est dans Game of Thrones, pas dans Bridgerton avec épées.
Le jeune loup impressionne sur le champ de bataille, mais commence déjà à glisser vers cette vieille erreur des chefs de guerre : croire qu’une réussite militaire autorise les écarts sentimentaux.
À Port-Réal, Joffrey continue son cursus accéléré de tyran insupportable, notamment face à Sansa, que Tyrion protège comme il peut, souvent à coups de remarques assassines et d’humiliations bien senties envers son neveu.
Littlefinger, lui, visite le camp de Renly et jauge la concurrence avec l’œil d’un trader venu flairer un marché émergent. Puis le réel bascule dans le surnaturel pur : Renly est assassiné par une ombre née de Melisandre. Oui, la série glisse soudain de Shakespeare vers le cauchemar démoniaque sans prévenir, et le résultat reste incroyablement fluide.
Catelyn et Brienne deviennent alors des fugitives malgré elles. Quant à Daenerys, enfin arrivée à Qarth, elle découvre un paradis doré où tout le monde parle comme un diplomate et pense comme un prédateur. Le désert était presque plus rassurant.
🏰 Épisode 5 – “The Ghost of Harrenhal”
Arya entre dans l’une des dynamiques les plus intéressantes de la saison : la proximité involontaire avec Tywin Lannister à Harrenhal. Déguisée en simple servante, elle devient sa coupeuse de viande et, surtout, l’observe de près.
Le contraste est génial : le patriarche Lannister, stratège de glace, discute avec une fillette qu’il sous-estime totalement, alors qu’elle rêve probablement de le rayer de la carte. Jaqen H’ghar, reconnaissant, lui promet trois morts ; Arya découvre qu’à Westeros, les programmes de fidélité ont vraiment pris une tournure inquiétante.
Après la mort de Renly, Brienne et Catelyn cherchent à survivre politiquement et physiquement dans un monde où la vérité pèse moins lourd qu’un bon récit.
Stannis récupère une partie des forces de son frère et se rapproche dangereusement de Port-Réal, toujours guidé par Melisandre, CEO du mysticisme offensif. Theon, lui, voit une opportunité en or et décide d’attaquer Winterfell, trahison à la fois prévisible et pathétique, tant il passe son temps à vouloir prouver quelque chose à des gens qui le méprisent déjà.
Plusieurs trajectoires se croisent dans le malentendu, la vengeance et l’orgueil : bref, la marque déposée de Westeros.
🌿 Épisode 6 – “The Old Gods and the New”
Theon prend Winterfell. Rien que cette phrase a un goût de catastrophe historique et de thérapie familiale ratée. Avec une poignée d’hommes, il s’empare du château Stark et se rêve enfin en seigneur redouté ; en réalité, il a surtout l’énergie d’un type qui confond prise de pouvoir et crise identitaire très mal gérée. Bran, Rickon, Osha et les autres deviennent ses otages, pendant que le château se remplit de silence et d’humiliation.
À Port-Réal, l’épisode montre une autre forme d’effondrement : la foule, affamée, se retourne contre les puissants lors d’une émeute particulièrement brutale. Joffrey découvre que régner sur des gens misérables n’est pas un jeu vidéo, Sansa manque de payer le prix le plus atroce, et Sandor Clegane surgit en sauveur improbable, comme si le chaos avait soudain recruté sa propre sécurité privée.
Tyrion continue, lui, à préparer la défense de la ville et à éloigner Myrcella pour des raisons diplomatiques.
À Qarth, Daenerys croit enfin tenir un refuge, avant de comprendre que ses dragons ont disparu. Et là, la saison serre encore la vis : à Westeros comme en Essos, tout ce qui semblait fragile devient soudain menacé de disparition pure et simple.
🩸 Épisode 7 – “A Man Without Honor”
Theon touche ici le fond, puis commence à creuser. Incapable de retrouver Bran et Rickon après leur fuite, il choisit la solution la plus abjecte : faire passer deux enfants innocents pour les garçons Stark, transformant son imposture politique en horreur absolue. C’est le moment où la série cesse définitivement de le présenter comme un traître ambigu pour le regarder comme un homme cassé, désespéré, et prêt à sacrifier n’importe qui pour sauver son ego en miettes.
À Port-Réal, Sansa a ses premières règles (bah oui, c’est la vie), ce qui dans cet univers signifie immédiatement “mariage consommable” pour Joffrey, phrase déjà assez répugnante pour justifier mille révolutions. Cersei lui offre alors une étrange forme de lucidité cynique, comme une marraine de conte toxique qui dirait : “Bienvenue dans la prison dorée, voici le règlement intérieur.”
À Harrenhal, Arya tente d’utiliser les services de Jaqen avec l’urgence d’une joueuse qui découvre trop tard les meilleurs pouvoirs de son personnage. Daenerys apprend que le vol de ses dragons mène vers la Maison des Nonmourants, lieu dont le nom seul sent la mauvaise idée cosmique. Et Jon, au Nord, continue sa piste avec Ygritte, sans comprendre qu’il entre doucement dans une autre vie.
👑 Épisode 8 – “The Prince of Winterfell”
L’épisode de la solitude, ou plutôt de ces gens qui découvrent que leurs décisions ont un prix exorbitant une fois les applaudissements retombés.
Theon règne sur Winterfell comme un cosplay tragique du pouvoir : il a le château, aucun amour, zéro loyauté solide, et sent déjà que son coup de force va finir comme tous les mauvais coups de poker, c’est-à-dire dans la panique. Bran et Rickon sont toujours cachés, et l’ironie est parfaite : le “prince de Winterfell” n’est jamais vraiment celui qui porte le titre.
Robb, de son côté, apprend que Catelyn a libéré Jaime. Il la place en détention, car chez les Stark, on exprime les sentiments par des sanctions stratégiques et des regards abîmés. Jaime commence alors son road trip électrique avec Brienne, duo appelé à devenir l’un des meilleurs buddy movies de la série.
À Peyredragon, Stannis prépare l’assaut sur Port-Réal tandis que Davos comprend qu’il vaut mieux garder Melisandre loin de la bataille, ce qui revient à dire : “Ne laissons pas l’arme nucléaire mystique trop près de la salle de réunion.”
Quant à Jon, il s’approche du monde sauvage et de Mance Rayder. La guerre change de visage : moins de bannière, plus de survie.
💥 Épisode 9 – “Blackwater”
Le grand morceau de bravoure de la saison, le genre d’épisode qui rappelle qu’HBO n’adapte pas seulement une saga, mais fabrique aussi un monument de télévision.
Toute l’action ou presque se concentre sur la bataille de la Néra. Stannis lance l’assaut sur Port-Réal, et la ville tient grâce à Tyrion, qui devient ici un héros de guerre malgré lui, version Napoléon en gueule de bois mais avec de meilleures punchlines.
Son piège au feu grégeois pulvérise la flotte ennemie dans une vision d’apocalypse verte devenue instantanément culte. Pendant ce temps, à l’intérieur des murs, Cersei boit, philosophe sur le pouvoir et envisage l’irréparable avec un calme glaçant ; Sansa, elle, observe tout cela en comprenant que la cour est un champ de bataille plus subtil mais pas moins meurtrier.
Sandor, traumatisé par le feu, plaque tout en plein conflit — probablement la décision la plus saine de l’épisode. Et quand tout semble perdu, Tywin et les Tyrell arrivent pour renverser la partie à la dernière minute, comme si Le Seigneur des anneaux avait été racheté par des banquiers cyniques. Port-Réal est sauvée, mais sûrement pas purifiée.
🕊️ Épisode 10 – “Valar Morghulis”
Le final offre ce que Game of Thrones sait faire de mieux : distribuer des punitions à tout le monde, sans service après-vente.
Après Blackwater, Tyrion découvre que sauver la ville ne garantit ni gratitude ni sécurité ; il se réveille diminué, pendant que Tywin récupère la gloire avec l’élégance d’un manager qui signe en bas d’un PowerPoint fait par un autre. Joffrey répudie Sansa pour épouser Margaery, ce qui sauve provisoirement la jeune Stark tout en l’enfermant davantage dans un système où les femmes servent de monnaie d’échange de luxe.
Arya s’échappe enfin d’Harrenhal avec Gendry et Hot Pie, et Jaqen lui remet la pièce qui ouvre son prochain chapitre : “Valar Morghulis”, autrement dit la carte de visite la plus stylée et la plus flippante du monde.
Robb épouse Talisa et sabote son alliance avec les Frey dans un geste romantique qui sent très, très mauvais pour la suite (le Red Wedding, ça vous dit quelque chose ?).
Daenerys traverse la Maison des Nonmourants, récupère ses dragons et enferme Xaro avec Doreah dans son coffre-fort king-size vide — punition parfaitement cruelle, donc parfaitement westerosienne.
Enfin, Sam voit arriver l’armée des morts. Et là, la série rappelle que pendant que les humains jouent à House of Cards avec des épées, la vraie fin du monde, elle, approche sans cérémonie.
📋 Fiche technique
Série : Game of Thrones
Saison : 2
Diffusion HBO : du 1er avril 2012 au 3 juin 2012
Nombre d’épisodes : 10
Showrunners : David Benioff, D. B. Weiss
D’après : A Song of Ice and Fire de George R. R. Martin
Grand arc narratif : guerre des Cinq Rois, chute des illusions, montée du surnaturel, bataille de Blackwater, dragons volés, Winterfell pris puis détruit
Pourquoi cette saison compte : parce qu’elle élargit radicalement l’univers, densifie la géopolitique, transforme Tyrion en MVP absolu, et prouve que la série peut être aussi brillante dans l’intime venimeux que dans le spectacle total.


