Dossier The Summer
I Turned Pretty
Permettons-nous une confession collective. Pendant trois saisons de The Summer I Turned Pretty, la majorité d’entre nous étions absorbés par le triangle amoureux, par les regards lourds de sens sur les pontons, par les crises de panique sur les bateaux et les bagues en papier d’aluminium. Et pendant tout ce temps, en arrière-plan — légèrement exaspérée, armée d’un humour sec et d’une tasse de café qu’elle n’a probablement pas eu le temps de finir — il y avait Laurel Park.
La mère. La romancière. La meilleure amie. La femme qui avait raison sur absolument tout depuis le début, et à qui personne n’a dit merci assez souvent. C’est l’heure de réparer ça.
Incarnée avec une précision magnifique par Jackie Chung — dont chaque micro-expression dans les scènes de groupe vaut à elle seule une master class d’acting — Laurel Park est l’un des personnages les plus sous-estimés de la série. Et si vous n’étiez pas d’accord avant de lire cet article, vous le serez après. Ou pas.
✍️ La Romancière en Panne : Quand la Vie Dépasse la Fiction
Laurel Park est une auteure. Une vraie, reconnue, avec un éditeur, des fans et des signatures en librairie — le genre de femme qui a une opinion informée sur Hemingway et qui cite de la poésie à ses enfants au petit-déjeuner parce qu’elle pense que c’est une forme normale de communication familiale.
Elle est aussi une femme qui, au moment où la série commence, est en panne sèche. Son divorce l’a déstabilisée. Son éditeur attend un manuscrit qu’elle n’arrive pas à écrire. Et quelque part entre sa fille qui fugue vers des bals de débutantes et son fils qui candidate à Princeton sans le dire, elle essaie de se rappeler qui elle est quand personne n’a besoin d’elle.
C’est le détail qu’on oublie facilement parce que Laurel ne s’effondre jamais en public. Elle regarde Cleveland Castillo fanfaronner à la librairie avec ses 150 000 followers Instagram et ses livres en rupture de stock, et elle fait ce que font les gens qui portent leurs propres crises avec dignité : elle lance une pique parfaitement calibrée et commande un martini sec.
Ce qu’on apprend sur Laurel au fil des saisons, c’est qu’elle a toujours mis les autres avant elle-même — ses enfants, son mariage, l’amitié de sa vie — et qu’au moment où elle se retrouve seule face à une page blanche, elle découvre qu’elle ne sait plus tout à fait comment s’écrire, elle.
💛 Susannah : L’Amour de Sa Vie (Et Oui, Sérieusement)
Il faut nommer ce que la série chuchote depuis le premier épisode et que John Conklin finit par dire à voix haute en saison 1 : Susannah Fisher était l’amour de la vie de Laurel. Pas un amour romantique au sens conventionnel — mais un amour profond, total, structurant, le genre d’amour qui tient une vie debout.
Elles se sont rencontrées à l’université, elles ont grandi ensemble, elles ont construit leurs familles en parallèle, en miroir, comme si aucune des deux n’était complète sans l’autre. Et Laurel, depuis le printemps qui précède la saison 1, porte le secret le plus lourd de toute la série : elle sait que Susannah refuse un nouveau traitement. Elle sait que son amie choisit de mourir à sa façon, dans un dernier été parfait. Et elle honore ce choix — non pas parce que c’est facile, mais parce que c’est ce qu’on fait quand on aime vraiment quelqu’un : on respecte sa volonté même quand ça nous brise.
La scène sur le ponton en saison 2, quand les deux femmes réalisent ensemble ce qui se passe — quand Laurel pleure doucement pendant que Susannah fait des blagues sur ses cheveux gris qu’elle n’aura jamais — est parmi les scènes les plus déchirantes que la série ait produites. Et pourtant, on en parle dix fois moins que de la scène du collier infini.
C’est le problème avec les personnages adultes dans les teen dramas : leur douleur est considérée comme de l’arrière-plan. La douleur de Laurel, elle, méritait le premier plan.
🔮 La Femme qui Voyait Tout : L’Oracle de Cousins Beach
Voici la vérité sur Laurel Park que le fandom commence à reconnaître en saison 3 : elle a toujours eu raison. Sur (presque) tout. Avec une régularité qui aurait dû alerter tout le monde bien plus tôt.
Elle voit que Belly ne vit pas pour elle-même mais pour une maison et deux garçons. Elle dit à sa fille, dès le début de la saison 3 : « Give yourself the chance to discover all the possible versions of you. » — la réplique la plus sage de la série, prononcée devant une fille qui ne l’écoute pas encore. Elle s’oppose à ce mariage précipité non pas par rigidité ou contrôle, mais parce qu’elle a vécu elle-même une version de cette histoire — se marier trop tôt, trop vite, en confondant la chaleur d’un foyer avec la passion d’une vie.
Elle se retrouve mise en quarantaine par sa propre fille. Elle tient quand même. Elle est là quand tout s’effondre. Parce que c’est ça, être le parent qui voit juste : on finit par avoir raison, mais on paye le prix de la solitude d’avoir dit la vérité avant que les autres soient prêts à l’entendre.
Et la scène au diner avec Conrad en saison 3 — ce moment où deux personnages qui se connaissent depuis toujours se regardent enfin sans biais — est l’une des plus belles de la saison. Jackie Chung le dit elle-même en interview : Laurel voit Conrad avec des yeux neufs, et ce qu’elle voit la touche. Elle l’a toujours aimé comme un fils. Elle l’a toujours su, aussi.
🌊 Cleveland, les Faux ID, et la Femme qui S’autorise Enfin
Et puis il y a Cleveland Castillo. L’autre auteur. Celui qui a 150 000 followers et qui apprend à faire un nœud de marin pour son prochain roman, ce qui est soit très charmant soit légèrement pathétique selon votre humeur du jour.
Laurel couche avec lui dans sa voiture après une soirée arrosée. Ce n’était pas prévu. Ce n’était pas romanesque. C’était humain — une femme divorcée, épuisée, qui s’accorde enfin une chose pour elle. Et la façon dont elle le dit à Susannah le lendemain matin, comme une confidence adolescente entre deux tasses de café, est délicieusement légère.
Avec Cleveland, on voit une Laurel différente : celle qui invente un faux prénom dans un bar (Raven Kirk, pour les nostalgiques), qui plonge dans un lac à la nuit tombée, qui rit de ses propres contradictions. La femme qui existait avant d’être une mère, avant d’être une ex-femme, avant d’être la gardienne de tous les secrets de tout le monde.
Reddit résume Laurel en une phrase à laquelle nous souscrivons entièrement : « Elle est la colonne vertébrale morale de la série. » Mais elle est aussi — et c’est ce qu’on oublie — une femme qui tâtonne, qui hésite, qui fait des erreurs de communication avec sa propre fille tout en étant capable d’une sagesse absolue deux scènes plus tard. Elle est imparfaite de la façon la plus réelle qui soit.
✨ Le Verdict : Le Personnage Adulte que la Série Avait le Courage de Vraiment Écrire
The Summer I Turned Pretty aurait pu faire de Laurel Park une mère-obstacle, une figure d’autorité monodimensionnelle là pour dire non et créer du conflit, bref : la « relou » de service. Beaucoup de séries teen dramas s’en contentent.
À la place, Jenny Han et Jackie Chung lui ont donné une vie complète — un deuil, une renaissance, une panne créatrice, un amour de jeunesse perdu, une amitié qui redéfinit ce que le mot signifie, et une capacité rare à tenir debout pendant que tout le monde autour d’elle s’effondre en pleurant sur des pontons.
Laurel Park est la preuve qu’une mère peut être à la fois exaspérante et lumineuse. Que la personne la plus lucide dans la pièce est souvent celle que personne n’écoute.
Et qu’on peut sexer dans sa voiture après une mauvaise soirée et rester parfaitement digne le lendemain matin.
C’est ça, la vie adulte. Et Laurel Park, elle, l’a compris.
🎬 ScreenHub — Le dossier TSITP continue. Prochain portrait : Susannah Fisher, le soleil autour duquel tout tourne — même quand elle n’est plus là.
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